jeudi 1 mai 2014


FAIRE LE VIDE

Le monde ne tient que parce que nous nous croyons contraints de le porter sur nos épaules – sans voir que personne ne nous demande une telle chose*

Y a rien de plus agréable que de se laisser choir de tout son long sur le divan du salon. Après avoir donné le meilleur de soi, se délester de tout ce poids accumulé. Faire le vide. Écouter le silence. Refaire ses forces. Réfléchir. Ne rien planifier. Remettre en place les morceaux du casse-tête pour mieux repartir à neuf.
Ce serait bien d’avoir le courage de se payer ce luxe plus souvent. Prendre le temps de prendre son temps. Ne pas attendre que le corps épuisé et malade nous fasse signe pour arrêter. Ne pas s’en remettre qu’à nos petites semaines de vacances pour se la couler douce sans remords.   

Plus facile à dire qu’à faire, j’en conviens. Parce que de la pression, il y en a. Le message est simple et limpide. Tu te dois d’être performant. Pas seulement professionnellement, mais dans toutes les sphères de ta vie. Pas de marge de manœuvre, pas le droit à l’erreur. Si ce n’est pas toi, un autre prendra ta place.

De toute façon, les tics tacs de l’horloge et les tâches quotidiennes nous ramènent rapidement à l’ordre.

Ce texte n’est pas un hommage à l’oisiveté et à la procrastination - loin de là, je connais les vertus du travail bien fait et satisfaisant - mais un appel à vivre pleinement sa vie.
Ce qui ne veut pas nécessairement dire de s’étourdir, comme bien des publicités réussissent à nous le faire croire.

Pour moi, vivre à fond, c’est être actif tout en restant fidèle à son propre rythme sans l’imposer à l’autre. Trouver son point de rencontre. N’est-ce pas là tout un défi?

Jean-Luc Jolivet

*L’éloignement du monde, Christian Bobin

vendredi 21 février 2014


CES MAINS-LÀ

*« Jean Baptiste Laberge - Toé, c’est pas pareil… tu sais écrire… Moé, j’ai pas appris mes lettres. R’garde… mes mains. Des mains tout croches… des mains faites pour t’nir un manche de pioche… ou ben un manche de hache… Avec ces mains-là (…) Tu vas leur raconter… Tu vas leur parler d’mes mains… »

« De Lorimier - J’vais leur parler de tes mains…Des mains faites pour saluer des amis ou pour couper du pain…Des mains faites pour prier des fois…»

Dans le feu de l’action, dans le tourbillon incessant que l’on nomme quotidien, il m’est nécessaire, pour ne pas dire essentiel, de prendre des pauses; de me réserver des moments de réflexion. Durant ces périodes d’accalmie - gardez ça pour vous  - j’aime bien m’abandonner à la procrastination et à la rêverie.   

J’étais justement dans cet état de flou artistique depuis un certain temps, lorsque j’ouvrai la télévision et que je tombai sur l’excellent film 15 février 1839, de Pierre Falardeau. C’était, soit dit en passant, samedi dernier, le 15 février 2014. 175 ans après les tristes faits.
Arriva alors cette merveilleuse scène, forte et touchante.  Celle où, dans la prison de Montréal, Jean Baptiste Laberge demande à Marie-Thomas Chevalier De Lorimier - ce dernier sera d’ailleurs pendu quelques heures plus tard - de témoigner de tous les efforts et de tous les sacrifices qu’il a faits pour son pays et pour sa famille avant de se faire voler sa terre. Il exhorte De Lorimier de témoigner du labeur de ses pauvres mains.

Dans cette courte séquence réside toute une leçon d’humanité qui restera gravée dans ma mémoire longtemps.   
Cette dernière m’a aussi fait penser que dans nos belles expressions imagées, il est régulièrement question de la tête, du cœur, des bras, des épaules, des jambes, des pieds, des yeux, du nez. N’est-ce pas ? Par exemple, ne dit-on pas, il a une tête sur les épaules, elle a du cœur au ventre, il a les deux pieds sur terre, elle tient le monde sur ses épaules, il a le bras long, elle a le nez fin, il a des yeux de lynx, etc.         

Mais qu’en est-il des mains qui ont défriché, tiré, pioché, raboté, découpé, taillé, équarri, sculpté, semé, chassé, pêché, protégé, bercé, cajolé, bichonné, consolé, brodé, cousu, lessivé, pétri, cuisiné, enjolivé, élevé, enseigné, revendiqué ? Qu’en est-il de ces mêmes mains qui ont écrit l’Histoire; qui ont construit maisons; qui ont bâti pays ? Quelle place ont-elles dans notre imaginaire collectif ?
De nos jours, Il est facile de s’endormir, d’oublier. Il est aisé de se laisser berner par les sirènes du confort et de l’opulence. À ce rythme, nous finirons par croire que la réalité débute avec nous et se termine avec nous. Pourtant, la terre sur laquelle nous avons les deux pieds bien ancrés, la nation qui est la nôtre n’est pas née de la dernière pluie. Elle a été modelée et façonnée par des mains courageuses, travaillantes et ancestrales.

Ce texte est un hommage à tous ceux et à toutes celles qui nous ont précédés et qui ont fait en sorte que nous n’arrivions pas au monde les mains vides.  
À nous maintenant de mettre les mains à la pâte et de continuer le travail amorcé il y a 400 ans et des poussières, dans l’honneur et la dignité.

Jean-Luc Jolivet

samedi 25 janvier 2014

APPRIVOISER LA BÊTE

J’avais 7 ans lorsque mon père a été élu pour la première fois. J’avais 7 ans et je n’y comprenais pas grand-chose. 

Les mots élection, Parti Québécois, député, Laviolette, gouvernement, n’étaient que du charabia pour le ti-cul que j’étais lors de ce fameux 15 novembre 1976. Toujours est-il que la politique venait d’entrer dans ma vie et j’avais intérêt à m’y faire, parce qu’après cette victoire, mon paternel allait en connaître 5 autres d’affilées. Et, sans le savoir, à ce moment-là, j’allais moi-même servir un jour dans la fonction publique québécoise, et ce, autant du côté administratif que politique.
  
Même si je ne saisissais pas trop ce qui se déroulait et même si  les souvenirs de cette soirée restent  flous dans mon esprit, je me rappelle bien avoir été aussi heureux que mon entourage. Comment faire autrement ? Voir ses parents acclamés, accueillis en héros, ça rend n’importe quel enfant fier. Mais pour être franc, si on m’avait annoncé qu’il était le nouvel entraîneur du Canadiens de Montréal ou qu’il venait de gagner 1 million de dollars à la loto, j’aurais été content de la même façon. Et puis, veiller tard un soir de semaine pour un kid de cet âge et me faire dire que j’aurais congé d’école le lendemain, ça ne pouvait que me réjouir. Sans oublier qu’il y avait un super de beau gâteau qui me semblait très appétissant, à cette soirée de fête pas comme les autres. J’avais hâte d’y goûter.

Peut-être m’étais-je trop empiffré de pâtisseries, de chips et d’orangeade, mais j’peux vous dire que les lendemains de veille ont été plutôt pénibles de mon côté.

Tout venait de changer et je commençais à m’en rendre compte. Après la publication du reportage de mon oncle dans l’hebdomadaire l’Hebdo du St-Maurice, quelques semaines plus tard tout s’est mis à débouler. Je pouvais dire au revoir à ma quiétude.

De retour à l'école, j’étais pressé de questions par mes camarades de classes. « Allez-vous déménager à Québec ? » « Est-ce que ton père est riche ? » « C’est quoi ça un député ? » etc. Le tourbillon que j’vous dis ! L’attention qu’on me portait soudainement et mon incapacité à répondre à toutes ces interrogations me mettaient en beau maudit. J’haïssais ça pour mourir ! 

Aujourd’hui, avec le recul et mes 44 ans bien sonnés, je peux avancer ceci : je n’étais pas prêt à le partager avec le public. J’irais même plus loin : je crois que mon tempérament rêveur, mon besoin de stabilité et ma nature  timide, faisaient que je partais avec 2 prises et, disons, que son élection fut un choc pour moi. J’allais devoir en ramer un méchant coup pour apprivoiser la bête qu’est la politique. 

J'peux vous dire que pendant longtemps, j’aurais préféré qu’il soit journalier, policier, ou tout simplement, qu’il reste enseignant.

Parce que - et là, loin de moi l’idée de jouer à la victime - lorsqu’on a un parent qui exerce un travail public aussi peu valorisé et tant ridiculisé, il peut y avoir des répercussions sur notre propre vie, sur notre estime. Évidemment, c’est différent à chacun, mais dans mon cas, ç’a été plutôt pénible.
    
Tout de même, il n’y a pas que des mauvais côtés. Je dirais qu’assez rapidement, malgré tout, je me suis mis à le suivre aux activités publiques. Et j’aimais ça. En plus d’être en sa compagnie, je pouvais rencontrer plein de gens intéressants et vivre des moments hors de l'ordinaire. J’étais toujours partant pour aller dans les festivals - dont le plus connu est le Festival Western de St-Tite - et les tournois de tout genre, les soupers spaghetti, rendre visite aux aînés, descendre de La Tuque à Grand-mère pour suivre la Classique internationale de canot, voir le 24 h de La Tuque, aller à la rencontre des Atikamekws en hydravion, le suivre dans des assemblées et j’en passe. 

Je l’ai certainement accompagné jusqu’à l’âge de 14 ans, jusqu’à l’aube de l’adolescence quoi. À partir de là, mettons qu’il y a eu une pause de mon côté. La politique, c’était la « maudite » politique ! À force d’être submergé par toute cette mauvaise foi et cette démagogie envers les politiques, j’ai fini, moi aussi, par toutes et tous les mettre dans le même panier. Excepté mon géniteur bien sûr. Blague à part, j’voulais pu rien savoir. J’étais révolté. 

Ce n’est qu’une fois passé les turbulences de cette période de la vie, que je me suis vraiment politisé. Je me suis mis à suivre assidûment l’actualité et les développements sur les négociations constitutionnelles. Je me suis intéressé davantage à notre histoire nationale, à lire sur le sujet et à m’informer sur les affaires publiques. J’ai voulu comprendre, savoir d’où je venais. J’ai voulu aller à la rencontre de ce grand peuple dont je fais partie. J’ai souhaité me faire ma propre tête, voir où je me situais sur ce plan sans aucune influence extérieure. 
  
C’est au bout de ce cheminement que j’ai pu voir l’ampleur du travail accompli par mes parents. C’est au bout de cette cogitation que j’ai vraiment pu apprécier tout le bien qu’ils ont fait - et qu’ils font encore -  autour d’eux et toute la générosité qu’ils déploient sans rien attendre en retour.  Finalement, c’est au bout de cette réflexion que j’ai réalisé notre chance de vivre dans un système, certes pas parfait, mais perfectible.

Qu’on le veuille ou non, le cœur de notre société, la santé de celle-ci, est notre participation. Il est essentiel de garder notre esprit critique, il est primordial de rester vigilants et exigeants envers les hommes et les femmes politiques. Mais, nous devons également admettre que la majorité des gens qui consacrent leur énergie à améliorer nos institutions, le font avec abnégation, honnêteté et bonne foi.
    

Jean-Luc Jolivet 

vendredi 3 janvier 2014


ESPOIR

Me voici à taper mon premier texte de l’année 2014, et à me demander, en aura-t-il d’autres ? J’imagine que oui. Toujours les mêmes questions. La source se tarira-t-elle ? Le plaisir sera-t-il toujours présent ? Les lecteurs seront-ils encore intéressés et au rendez-vous ? En effet, à quoi bon écrire si ce n’est que pour soi-même ?

Quelle est la mécanique de tout ce processus ? Un mystère pour moi. Parfois, je note un mot ou une phrase sur un bout de papier que je perds aussitôt et que je retrouve par hasard des mois plus tard. À d’autres occasions, j’ai des flashs que je garde en mémoire et qui ressortent à n’importe quel moment. Souvent, c’est un événement qui fait bouger les choses. De temps à autre, je crois tenir une idée en béton et jamais exploitée, que je flush sans hésiter dès la première ébauche.

Dans le cas présent, le sujet s’est subtilement imposé par lui-même. L’Espoir avec un E majuscule. Un mot galvaudé, utilisé à toutes les sauces, un peu cul-cul ? Peut-être, mais malgré les écueils, les chances de me casser la gueule et d’avoir l’air un peu fleur bleue, je plonge.

Pourquoi faire le saut alors que d’autres thèmes se bousculent au portillon ?

Parce que ce temps d’arrêt toujours apprécié du congé des Fêtes, m’a beaucoup fait réfléchir.

Parce que cette pause salutaire m’a permis, en plus de me ressourcer, de m’amuser et de prendre ça relaxe, d’avoir de vraies et de profondes discussions avec les membres de ma famille et d’obtenir les dernières nouvelles de mes oncles, de mes tantes, de mes cousines, de mes cousins, de mes amis ainsi que de leurs proches. Et le mot qui nous relie toutes et tous et qui me vient spontanément en tête c’est Espoir.

Espoir d’un amour authentique, durable et équilibré. Espoir de rendre à terme sa grossesse. Espoir de dénicher un emploi ou de le conserver. Espoir de guérir. Espoir de voir ses parents vivre encore longtemps et en santé. Espoir de trouver la paix et la sérénité. Espoir de se réconcilier avec sa mère, son père, sa sœur, son frère ou son ami. Espoir de voir ses enfants prendre de l’assurance afin qu’ils soient en mesure de débroussailler leur propre chemin sans trop de heurts. Espoir d’avoir la force de tendre vers une vie plus saine et de se débarrasser de ses dépendances. Espoir de garder intacte sa capacité à se projeter dans l’avenir. Espoir d’avoir le courage d’accepter l’inéluctable. Espoir de voir naître un Pays.

La liste des Espoirs est infinie. Il vous vient sûrement en tête votre propre définition, votre énumération personnelle. Laissez-vous aller pardi !

Pour ma part, je termine ici en ajoutant un petit nouveau aux vœux traditionnels du Nouvel An, soit de l’Espoir à profusion.

Jean-Luc Jolivet

mercredi 11 décembre 2013

 
 

UNE GROSSE PERTE (quessé que j’va devenir ?)

 
Chères amies lectrices, chers amis lecteurs (si je peux me permettre),

Ça va pas ben ! J’file pas pantoute. J’ai la tête engluée dans un processus de deuil. T’sé là, les 5 étapes : le choc, la colère, le marchandage, la tristesse et l’acceptation. C’est pas jojo c’que je vis.

Faque, j’vous avertis tout d'suite, si vous êtes fragiles, un peu sur les nerfs ou que vous vous sentez fébriles, aussi ben de n’pas continuer votre lecture et d’passer à autre chose. L’histoire qui suit, c’est pas Tintin, Blanche-Neige ou un quelconque roman à l’eau de rose. Ça finit mal.

Le temps est assez précieux d’même, alors si vous souhaitez faire quelque chose de plus constructif, comme aller repeindre votre sous-sol, rouler des sushis, faire du zumba, sortir le chien ou bedon, pourquoi pas, vous coucher su’l’dos et fixer le plafond toute l’avant-midi, grand bien vous fasse. J’prendrai pas ça mal, j’vous l’jure.

Correct d’abord, vous préférez poursuivre, pas d’trouble, mais v’nez pas chialer ensuite que mes textes sont négatifs et que je suis trop pessimiste. L’écriture, c’t’un exutoire pour moi, c’t’u clair ça ! Bon bon, désolé, prenez pas le mors aux dents, c’est le choc qui me fait parler d’même, j’chu pas toute à moé. J’vous l’ai dit, j’pas dans mon assiette.

Ok, j’en arrive au fait. Ma vie vient de s’écrouler, j’en perds tous mes repères. J’suis déstabilisé. J’sais pas si je vais être capable de me refaire. J’ai des doutes sur mes capacités à recommencer à rouler ma roche tout en haut du sommet de la montagne de ma vie (maudit que c’est beau c’que j’écris, j’en ai des frissons). À côté de ce qui m’arrive, la pire tragédie mondiale, le décès d’une personnalité marquante de l’histoire, c’est rien, c’est d’la p’tite bière.

Bon, assez niaisé, j’vais lâcher le morceau. Mon iPod est mort à matin ! Y est fini, kaput. Y a trépassé le p’tit v’limeux. Y a sapré l’camp avec mes 800 cd et tous les souvenirs qui nous unissent.

Mon fidèle compère compagnon des 6 dernières années a, sans aucun avertissement, levé les feutres. Il m’a laissé tomber comme une vulgaire chaussette sale, il vient de me jeter comme de vieux restants secs et malodorants d’un grand festin. Je suis dévasté.

Pas de méprise, je l’ai toujours traité aux p’tits oignons, j’en ai pris soin comme la prunelle de mes yeux. Je le trainais constamment sur moi dans sa pochette protectrice. Je l’emmenais partout en voyage. Je le tenais loin de la chaleur ou du froid extrême. Loin du feu et de l’eau aussi. Dès que je voyais sa batterie faiblir, je le remettais sur sa base. Y avait pas meilleur propriétaire que moi. Quand le drame s’est produit, je n’ai pas lésiné sur les efforts pour le sauver. Je lui ai fait des massages cardiaques, du bouche-à-bouche, je l’ai branché, j’ai suivi à la lettre les instructions de mon iTunes et j’ai prié le dieu des gadgets électroniques, rien n’y fit. C’était trop tard, il avait passé l’arme à gauche. Le vers avait mangé toute la pomme.

Dans ma grande naïveté, je le pensais éternel. Ok, j’en mets un peu, je sais bien que tout est périssable et que la finitude nous attend tous, mais, j’aurais tout de même apprécié qu’il dure plus longtemps. J’me console en me disant qu’il a eu une durée de vie plus longue que mon réfrigérateur et que mon lave-vaisselle réunis.

Non, moé, en fait, ce qui m’écœure le plus, c’est la débarque sociale que je viens de prendre. J’suis à deux poils de redevenir un homme des cavernes et de perdre ma dignité. Va falloir que je me reconnecte sur mon gros système de son, vais devoir apporter un paquet de cd dans mon char pour la route, avec tout l’espace que ça prend et les risques qui vont avec comme de péter les pochettes de plastique et d’égratigner le disque. J’s’r’ai pu de mon temps bâtard !

Toujours est-il que ça me rassure de savoir que lorsque mon chagrin sera consommé et que j’aurai accepté l’inéluctable, je vais pouvoir me garrocher au centre d’achat le plus près, avec mon gros bazou, pour en acquérir un autre plus performant et plus puissant. Au-delà de tout ce que j’ai perdu, je détiens encore le libre arbitre de dépenser le ¾ de mon salaire hebdomadaire pour assouvir mon besoin pressant de possession. On choisit bien les chaînes qui font notre affaire t’sé !

Pis à part de ça que j’me dis, y a du positif dans toute après tout. Ma mésaventure a du bon et mon histoire finit pas si mal que ça en fin de compte.

Mon mode de vie crée de la job ailleurs.

Pensez aux enfants qui travaillent dans les usines d’Appel et à tous ces privilégiés qui ramassent les rebuts informatiques toxiques dans les dépotoirs des pays de l’Asie…ça ramène de la belle argent dans leur famille ces p’tites bêtes-là !

Sur ce, je vous souhaite à toutes et à tous un très Joyeux Noël, et surtout, un maudit beau boxing day !

Jean-Luc Jolivet

vendredi 22 novembre 2013




LORSQUE JE SERAI VIEUX ET AU BOUT DU ROULEAU

En mémoire de Guy et de tous ces êtres chers qui sont partis trop tôt

Lorsque je serai vieux, très très vieux, et au bout du rouleau. Lorsque je ne supporterai plus le poids de mon corps et ce mal de dent lancinant. Lorsque je me serai bien battu. Lorsque j’aurai le sentiment d’avoir donné le meilleur de moi-même. Lorsque mon échine sera pliée définitivement et irrémédiablement. Lorsque j’aurai bu mon existence jusqu’à la lie. Lorsque je serai repu d’existence. Lorsque les forces me quitteront petit à petit. Lorsque mon cœur ne suivra plus les pulsions. Lorsque je serai aussi transparent qu’une feuille en papier de soie. Lorsque je serai fatigué, très fatigué, alors….
Je veux que vous me transportiez au centre de ma cour, au cœur de l’été, et que vous m’installiez sur ma chaise préférée et que vous me laissiez seul quelques heures.

Je veux philosopher paisiblement et céder, sans remords, à la contemplation.   
Je veux, une dernière fois, m’imprégner de cette beauté qui m’entoure.

Je veux me laisser submerger par les couleurs, les sons et les caresses d’un vent tiède et doux.
Je veux embrasser, dans un ultime regard, ce pays qui m’a tant donné.

Je veux, dans un dernier sursaut de vitalité, regarder la vie dans les yeux et la remercier.
Je veux faire la paix avec ce corps qui m’a toujours été fidèle, mais que j’ai passablement bardassé.

Je veux me détacher tranquillement de ces possessions qui m’ont été utiles, mais qui, d’un autre côté, m’ont fait perdre bien des énergies.

Je veux faire le compte de mes bons et de mes mauvais coups.
Je veux prendre tout le temps nécessaire pour me pardonner mes manquements.

Je veux avoir une pensée pour toutes ces personnes que j’ai croisées sur mon chemin et qui m’ont été chères.  

Je veux me défaire définitivement de cette peur qui m’a accompagné tout au long de cette aventure.
Je veux vivre à fond ce suprême moment de grâce.

Enfin, lorsque le jour et mon état déclineront, j’aimerais que vous veniez me rejoindre, que vous m’étendiez sur une chaise longue, que vous m’emmitoufliez dans une couverture chaude et confortable et que vous entonniez, tout doucement, un air de musique apaisant. Avant de quitter la scène, avant que ne s’éteignent les feux de la rampe, je veux que nous passions la nuit à la belle étoile.    
Et comme ça, tout naturellement, aux premières lueurs du jour, entouré de votre tendresse, je veux que vous me donniez un peu d’eau et beaucoup de courage afin que je puisse accepter sereinement ma finitude. À ce moment, je souhaite sentir ma vie s’évaporer lentement et discrètement de mon corps dans un chaud et sublime faisceau de lumière.  

Jean-Luc Jolivet


lundi 11 novembre 2013




LA ROUTE


À l'oncle Jack


J’ai besoin de toi la route. Tu m’es importante, la route.
Lorsqu’il est temps de m’aérer l’âme, quand je dois reprendre mes esprits et recoller les morceaux du casse-tête.

J’ai besoin de toi la route. Tu m’es indispensable, la route.
Lorsque je ne sais plus trop bien où j’en suis, quand il me faut faire silence et me recentrer sur le fondamental.

J’ai besoin de toi la route. Tu m’es nécessaire, la route.
Lorsqu’il me tarde de faire le vide, quand je souhaite philosopher et retrouver mon jazz intérieur.

J’ai besoin de toi la route. Tu m’es salutaire, la route.   
Lorsque j’en ai plein mon casque, quand tous les recoins de la cité sont tapissés de publicités et que je veux fuir le vacarme de la ville.

J’ai besoin de toi la route. Tu m’es essentielle, la route.
Lorsque mon estime est fissurée comme ton revêtement, quand ma mémoire est trop pleine et que ma mécanique se sclérose.

J’ai besoin de toi la route, tu m’es vitale, la route.

Jean-Luc Jolivet