mardi 23 juin 2015

Bonne Fête nationale


Je nous vois trimmer dur, sans cesse, à l’année longue.

Je nous vois bâtir, soigner, enseigner, questionner, chercher et tendre vers un monde meilleur.

Je nous vois photographier, filmer, écrire, danser, chanter, peindre et réfléchir.

Je nous vois douter, sourire, pleurer, tomber et reprendre pied.

Je nous vois accueillants et chaleureux.  

Je nous vois opiniâtres, talentueux, ingénieux, patenteux et ouverts sur le monde.

Je nous vois espiègles, ricaneux, joueurs de tour et songeurs.

Je nous vois comme 8 millions d’étincelles prêts à embraser le monde de notre talent et de notre originalité.

Je nous vois, aujourd’hui et demain, prendre un temps d’arrêt pour célébrer notre fierté d’appartenir à un si grand peuple.


Tu es sans l’ombre d’une doute « Québec, de l’art pur ».

À nous, Québécoises et Québécois, Bonne Fête nationale !   



Jean-Luc J.

dimanche 31 mai 2015

LES PUITS DE RAVITAILLEMENT




J’avoue, au 45e kilomètre, j’ai eu des doutes, de gros gros doutes. Allais-je casser prématurément et ne faire que 90 kilomètres sur les 130 que nous avions planifiés ? Le moral allait-il tenir le coup ou me lâcher comme ça sans crier gare ?

Avant que le chaos ne prenne définitivement le contrôle et m’oblige à une retraite humiliante, j’ai fait un inventaire rapide de mes forces encore disponibles et un tour de ma préparation d’avant départ. Rien ne pouvait, objectivement, me faire croire que je n’y parviendrais pas. J’avais bien dormi, le petit-déjeuner était équilibré et suffisant, j’étais hydraté, la douleur au genou droit était incommodante, mais pas atroce et j’avais tout ce qu’il me fallait pour me rendre jusqu’au premier arrêt prévu au 60e km.

Faque, c’est là que j’ai compris ce que voulait dire Bob des Boys avec la dureté du mental ! Me suis aperçu que mon mental toughness était en train de me jouer de vilains tours et qu’il devenait aussi mou qu’un pneu crevé. Le salaud pensait-il m’avoir aussi facilement ? Il me connait mal que je me suis dit. Il oublie que j’ai joué au hockey et qu’on nous parlait toujours de notre second souffle. Me suis organisé pour aller le chercher.

Pis, t’sé l’orgueil, ben ça peut être un maudit bon carburant dans certaines circonstances. Vrai que ma blonde s’est entraînée tout l’hiver. Vrai qu’elle se prépare pour La Boucle du défi Pierre Lavoie. Vrai qu’elle est plus en forme que moi. Ce n’est pas une raison pour rester sur le bord du ch’min ou de rouler comme un gars en gougoune et en camisole qui va se chercher un sac de chips et une bière au dépanneur un dimanche après-midi de canicule.

Finalement, me suis rendu à la première pause. Après m’être vidé la vessie, m’avoir rempli l’estomac et avoir remis de l’ordre dans mes idées, on est reparti. Pis là, j’vous dis pas, on a roulé comme jamais. Notre fameux second souffle était de retour. Plus rien ne pouvait nous arrêter, sinon la faim au 100e km. On l’a écoutée. Le snack était bon, pis il nous a permis de finir le 130 km en beauté.  

La morale à 2 sous de cette courte histoire: dans cette course folle qu’est la vie, quand on a besoin de baisser la cadence, de prendre du recul, de refaire nos forces et de souffler un peu pour mieux repartir, il est nécessaire de prévoir des pauses.

C’est là que les puits de ravitaillement deviennent salutaires. Heureusement qu’ils existent. Sinon, on risque d’arriver en bout de ligne totalement magané et ahuri comme un chevreuil devant deux spots à brume !!    




Jean-Luc Jolivet

lundi 4 mai 2015


LA JALOUSIE


Aujourd’hui, je suis devenu celui que j’enviais hier. J’ai fait taire ces menteurs que sont les «il est trop tard», «tu es trop vieux», «tu n’es pas en forme», «tu n’as pas d’argent» etc.

Alors que je roulais au hasard d’un circuit improvisé, j’ai vu la jalousie se morfondre sur le trottoir. En croisant son regard, j’ai décidé d’augmenter la cadence et de m’éloigner de cette vilaine afin que plus jamais elle ne me plombe les ailes et ne me fasse perdre mon temps.

Jean-Luc Jolivet
 

samedi 14 mars 2015

AU GRAND DAM DES BANQUIERS


Aujourd’hui, au grand dam des gens efficaces, des économistes et des banquiers, je n’ai rien fait. Je n’ai pas nourri la bête qui nous dévorera sous peu si ça continue. Je n’ai pas ajouté de bûche dans le foyer qui nous consume lentement, mais sûrement. Je n’ai pas enfilé mon habit de consommateur. J’ai plutôt pris mon temps et j’ai dompté les horaires pour les mettre à ma main. J’ai retiré ma chape de plomb afin de souffler un peu et j’ai pris la route.

J’ai remonté le chemin qui mène au cœur de ma ville natale en roulant tranquillement sur la 138 entre le majestueux fleuve Saint-Laurent - que l’on ne regarde plus et que l’on prend pour acquis - et les merveilleuses Laurentides, montagnes si belles dont je ne saurais me passer. J’ai navigué peinard au centre de ce pays que j’aime tant. Accompagné dans mes pérégrinations par la voix familière d’un chanteur qui m'a raconté son pays à lui, l’Angleterre, à travers son transcendant Lullaby…and the Ceaseless roar. La rencontre de deux solitudes qui se comprennent malgré tout ce qui les séparer.

Arrivé à destination, j’ai marché dans les rues de mon enfance. Malgré les apparences, je n’étais pas seul. Tout un monde vivait en moi. Le passé, le présent et le futur s’entrechoquaient au rythme de mes pas. Une sorte de paix ainsi qu’une certaine satisfaction de me sentir vivant et l’idée d’être toujours debout après avoir, comme tout le monde, traversé quelques tempêtes, me donnaient de l’allant. Tout me semblait si clair et si simple. J’aurais poursuivi comme ça plusieurs heures, si ce n’avait été des limites de ma condition humaine. Fatigue, faim et froid m’ont vite ramené à l'ordre.

Au détour de quelques rues, j’en ai profité pour aller visiter de la famille que je ne vois pas assez souvent et qui me manque. Nous avons remodelé le monde et fait le plein de bonté humaine. Denrée précieuse qui n’est pas cotée en bourse. Ce court pèlerinage s’est terminé dans la chaleur de la maison familiale où, à nouveau, mes parents ont fait preuve d’un accueil et d’une générosité qui n’attendent rien en retour. 

Aujourd’hui, au grand dam des gens efficaces, des économistes et des banquiers, je n’ai pas fait rouler l’économie ni participé activement au PIB. Ce n’était peut-être pas payant à leurs yeux, mais je peux vous dire que ce fût assurément enrichissant et ressourçant.


Jean-Luc Jolivet

dimanche 15 février 2015

DES PUGILISTES DE LA VIE COURANTE



Dieu qu'on peut en manger des coups. En donner aussi, parfois, faut pas le nier. Rarement au propre. Plus souvent qu'autrement au figuré.

C’est à croire que, dès notre première respiration, on a accepté tacitement les règles.

Pas ben le choix au fond. Si on veut survivre, s’agit de ne pas s'écraser trop tôt.

Dieu qu’on peut en recevoir des claques. En distribuer aussi, à l’occasion, faut le reconnaître.

Les plus sournoises viennent souvent du sort. Sans crier gare, au moment où on s’en attend le moins, on reçoit une méga taloche qui nous laisse un brin magané et le genou à terre.  

On en ressort souvent le cœur au beurre noir, l’estime fêlée et la confiance disloquée. Ce n’est pas une raison de baisser les bras et de crier forfait. C’est en se relevant que l’on se révèle.

On a beau se tuer à faire reculer la mort, ce n’est pas une raison pour crever.

La lumière se doit de triompher, toujours. C’est un combat de tous les instants.

Nous sommes des pugilistes de la vie courante, après tout !



Jean-Luc Jolivet

samedi 31 janvier 2015


 UNE LUMIÈRE S’EST RALLUMÉE AU RAYON DES ÉCLOPÉS



Du fin fond de son indigence, elle a réussi à s’extirper.

Dans un ultime sursaut de vie, elle a trouvé le courage de sortir de son marasme et d’aller marcher pour s’aérer l’esprit et remettre de l’ordre dans ses idées. C’est alors qu’elle tomba sur une belle grosse flaque de soleil qui luisait là, juste pour elle, sur le trottoir. Comme si l’espoir lui disait «tu n’es pas seule, viens te réchauffer».

Elle s’est virtuellement enroulée dedans comme s’il s’agissait d’une énorme couverture chaude et réconfortante brodée par sa grand-mère. Elle s’y est emmitouflée en pensant à la douce sécurité des bras de son père qui, en des temps bénis et plus heureux, savaient la rassurer.

Pour refaire ses forces, elle a bu tous les rayons lumineux à sa disposition en prenant bien soin de «bénir la rue» pour cette oasis inespérée dans ce drôle de voyage. 

Ce moment de grâce lui a permis de retrouver sa petite musique intérieure et l’a aidée à repousser la puissance du vide qui l’avait agrippée depuis déjà trop longtemps et qui ne voulait plus la lâcher.

Une lumière s’est rallumée au rayon des éclopés. Une âme en déficit d’amour a été plus forte que la mort. Elle sait maintenant qu’elle aura le temps de s’accomplir et d’aller au bout de ses talents.

Cette belle jeune femme blessée, qui s’était échouée sur les rives de cette ville froide et impersonnelle, vient de remporter une victoire qui ne fera peut-être pas les nouvelles, mais qui vaut tous les doctorats honoris causa qu’une université renommée peut décerner.   

Comme quoi, la ligne entre le néant et une vie bien remplie est plutôt mince.



Jean-Luc Jolivet

dimanche 4 janvier 2015

L’ATTERRISSAGE

Ça y est.

Demain, ou dans quelques jours, nous devrons tous reprendre le collier. Nous devrons tous recommencer à rouler notre rocher de Sisyphe dans les sillons du quotidien et des horaires fixes. Pour le meilleur ou pour le pire. Oui, parce que, garder le rythme du temps des fêtes à l’année longue, pas sûr qu’il y aurait beaucoup de monde qui pourrait «toffer la run».

Et, je suis de ceux qui croient qu’il y a beaucoup de satisfaction et de plaisir à tirer d’un travail valorisant et enrichissant. Ai pas dit payant, mais bien enrichissant. En tout cas, en ce qui me concerne. Les deux ne sont évidemment pas incompatibles.

Peu importe, encore cette année, c’est la boîte à souvenirs remplie à ras bord et le corps ragaillardi de ces précieux moments que je sors bientôt de ce congé.  

Ce qu’il y a de bien là-dedans, c’est d’avoir la certitude que ce que j’ai emmagasiné en chaleur humaine et en générosité durant ces semaines, me serviront à traverser l’hiver et à me projeter dans l’avenir. Je sais que je suis privilégié et je suis reconnaissant.  

Dans mon cas, l’atterrissage, sur la piste de la vie courante, se fait graduellement et tout en douceur.

J’espère avoir assez de courage en 2015 pour sortir davantage de mon confort pépère et poser des gestes qui peuvent, aussi minimes soient-ils, améliorer un peu le sort des gens qui n’ont pas la même chance.



Jean-Luc Jolivet