dimanche 6 septembre 2015


UN PEU PLUS D’HUMANITÉ

Nous n’étions pas des proches, des intimes et pourtant.

Je me souviens très bien de notre première rencontre. C’était il y a exactement 3 ans. Le Québec était alors en élection. Nous étions tous les deux à cette fête familiale et annuelle qui se déroule dans notre ville adoptive à chaque automne. Tu étais venu vers moi avec ton sourire éclatant, ta bonne humeur et ton appareil photo. Tu voulais prendre un cliché de nous. Me souviens que ça m’avait fait du bien d’échanger avec quelqu’un qui partageait les mêmes opinions politiques et, je t’avoue, ça avait amené un petit baume dans cette difficile campagne.

Nous nous sommes revus quelques mois plus tard dans les couloirs de l’Assemblée nationale. Tu étais heureux de m’annoncer que tu venais d’être embauché par le parti. C’est ainsi que par la suite, nous avons eu l’occasion de se croiser régulièrement et de discuter sur différents sujets. Nos conversations étaient toujours empreintes de respect, de pudeur, de bonne humeur et d’espoir. Nous savions qu’au-delà du vernis des conventions sociales, il y avait plus. Et c’est là que se font les vraies rencontres.

La dernière fois que nous nous sommes vus, il y a de ça 2 mois, tu passais nous dire au revoir et tu nous informais que tu entreprenais le plus gros combat de ta vie. Soit celui, justement, de rester bien vivant pour voir grandir tes deux petites filles.

Malheureusement, l’arbitre en a décidé autrement et a sifflé, beaucoup trop tôt, la fin du match.

C’est la raison pour laquelle nous nous retrouvons en ce magnifique samedi de septembre 2015, dans le cœur de cette belle église, pour te rendre un dernier hommage. C’est à la lumière des témoignages que j’ai pu prendre la pleine mesure de ce que tu étais comme être humain. Tu étais un homme bon. La tête remplie de projets. Un homme généreux et ouvert, qui savait qu’il faut se retrousser les manches et suer si l’on veut faire avancer les choses et changer les mentalités.

C’est sur le parvis de l’église, en compagnie des gens qui t’aiment, alors que le cortège s’éloignait que j’ai compris le legs que tu nous laisse. C’est à nous maintenant de porter le flambeau et de faire vivre ta mémoire.

C’est à nous de faire en sorte, comme tu nous l’as si bien enseigné, d’apporter un peu plus d’humanité en ce bas monde.



Jean-Luc Jolivet

vendredi 31 juillet 2015

PRÈS DE 256 ANS PLUS TARD….



J’étais bien adossé contre le socle de la statue de La Fontaine*, sur le point d'ouvrir mon livre, lorsque soudain l’histoire me tapota l’épaule. Elle m’incita à laisser tomber ma lecture et à m’ouvrir à ce qui m’entourait. Ce que je n’eus vraiment aucune difficulté à faire.

D’abord, mon premier réflexe fut de tourner mon regard vers la droite pour admirer l’hôtel du Parlement, le siège du pouvoir de notre nation. Ce magnifique édifice, travail d’Eugène-Étienne Taché construit entre 1877 et 1886, en aurait long à raconter s’il pouvait parler. Je suis resté de longues minutes à le fixer, comme hypnotisé, oubliant le bruit engendré par le mouvement incessant de mes contemporains sur la colline Parlementaire. Un moment, je me suis même surpris à voir défiler sur la façade du bâtiment, la trame historique de notre peuple.

Ensuite, à ma gauche, l’invitante porte Saint-Louis - la première est érigée en 1694 sous le régime français à la hauteur de la rue Sainte-Ursule, plus à l’est - me souriait et me rappela à quel point lorsque j’étais jeune, j’aimais grimper sur son dos et me transformer en défenseur de la ville fortifiée. Encore une fois, mon imagination me transporta dans cet autre monde si loin et si près à la fois.

Enfin, en face de moi, la réalité me rattrapa et ma réflexion prit une toute autre tournure à la vue du drapeau de l’Union Jack à l’entrée des plaines d’Abraham et de celui du Canada un peu plus loin derrière. Près de 256 ans après la défaite des Plaines, tout reste à faire, me dis-je à moi-même, et malgré le chemin parcouru par notre peuple, nous ne sommes qu’une simple province dans ce semblant de Pays. Il n’en tient qu’à nous si nous souhaitons nous déployer pleinement et mettre fin à cette démolition tranquille.

Le crissement des pneus d’une voiture mit subitement fin à mes pensées et me fit me souvenir que nous étions bel et bien en juillet 2015 et que ma pause du dîner était sur le point de se terminer. En me relevant, les mots** gravés dans le granit derrière mon dos me parlaient d’égalité sociale, de liberté politique, de paix, de bonheur, de  développement, de vastes ressources et de gouvernement responsable. Y a pas de doute, c’est un beau et noble programme que celui-là. Et plus que jamais d’actualité.


Jean-Luc Jolivet 



**Tirés de l'Adresse de L-H La Fontaine datée du 25 août 1840 à ses électeurs de Terrebonne

lundi 27 juillet 2015

DÉCROCHER


Facile.

D’abord, tu enlèves tes gros sabots, tu te couvres tout le front autour de la tête, tu suspends ton ego, tu ranges ta vanité et tu t’enduis d’humilité. Ensuite, tu te déconnectes du fil de l’actualité. Enfin, tu te déniches un coin tranquille où tu peux attacher un confortable hamac entre deux bons arbres bien solides. Aussitôt installé, tu sautes dedans pour quelques heures. N’oublie pas d’apporter quelques fruits, de l’eau et des noix. Et surtout, un livre afin d’y glaner ici et là quelques mots qui alimenteront ta réflexion.    

Voilà. T’es fin prêt à décrocher.

Pas de panique, après quelques temps, le vide que tu ressens au départ sera vite comblé. La rumeur, le bavardage, le superficiel et tout ce tapage auxquels tu es habitué seront remplacés par une sorte de, comment dire, de tout. Il ne se passera rien et tout arrivera. La Vie dans ce qu’il y a de plus dense, de plus vrai. Sache savourer ce moment à sa juste valeur.

Et puis, à un moment, tu te surprendras à t’assoupir. Ne résiste pas, laisse toi aller. À ton réveil, tout te paraîtra plus simple, plus limpide.

Tu répètes ce manège tant et aussi longtemps que tu n’auras pas décroché de l’insignifiance et de la futilité de tout ce bazar. Dis-toi que cette mauvaise comédie suivra son cours avec ou sans toi.     

Lorsque tu en arriveras à faire la différence entre l’accompli et l’inaccompli, tu pourras retourner dans la civilisation et poursuivre ton chemin sans trop faire de dégâts.

Les gens que tu croiseras ne comprendront pas pourquoi tu trimbales toujours sur ton visage ce petit sourire en coin, mais toi, tu sauras.         



Jean-Luc Jolivet

mardi 23 juin 2015

Bonne Fête nationale


Je nous vois trimmer dur, sans cesse, à l’année longue.

Je nous vois bâtir, soigner, enseigner, questionner, chercher et tendre vers un monde meilleur.

Je nous vois photographier, filmer, écrire, danser, chanter, peindre et réfléchir.

Je nous vois douter, sourire, pleurer, tomber et reprendre pied.

Je nous vois accueillants et chaleureux.  

Je nous vois opiniâtres, talentueux, ingénieux, patenteux et ouverts sur le monde.

Je nous vois espiègles, ricaneux, joueurs de tour et songeurs.

Je nous vois comme 8 millions d’étincelles prêts à embraser le monde de notre talent et de notre originalité.

Je nous vois, aujourd’hui et demain, prendre un temps d’arrêt pour célébrer notre fierté d’appartenir à un si grand peuple.


Tu es sans l’ombre d’une doute « Québec, de l’art pur ».

À nous, Québécoises et Québécois, Bonne Fête nationale !   



Jean-Luc J.

dimanche 31 mai 2015

LES PUITS DE RAVITAILLEMENT




J’avoue, au 45e kilomètre, j’ai eu des doutes, de gros gros doutes. Allais-je casser prématurément et ne faire que 90 kilomètres sur les 130 que nous avions planifiés ? Le moral allait-il tenir le coup ou me lâcher comme ça sans crier gare ?

Avant que le chaos ne prenne définitivement le contrôle et m’oblige à une retraite humiliante, j’ai fait un inventaire rapide de mes forces encore disponibles et un tour de ma préparation d’avant départ. Rien ne pouvait, objectivement, me faire croire que je n’y parviendrais pas. J’avais bien dormi, le petit-déjeuner était équilibré et suffisant, j’étais hydraté, la douleur au genou droit était incommodante, mais pas atroce et j’avais tout ce qu’il me fallait pour me rendre jusqu’au premier arrêt prévu au 60e km.

Faque, c’est là que j’ai compris ce que voulait dire Bob des Boys avec la dureté du mental ! Me suis aperçu que mon mental toughness était en train de me jouer de vilains tours et qu’il devenait aussi mou qu’un pneu crevé. Le salaud pensait-il m’avoir aussi facilement ? Il me connait mal que je me suis dit. Il oublie que j’ai joué au hockey et qu’on nous parlait toujours de notre second souffle. Me suis organisé pour aller le chercher.

Pis, t’sé l’orgueil, ben ça peut être un maudit bon carburant dans certaines circonstances. Vrai que ma blonde s’est entraînée tout l’hiver. Vrai qu’elle se prépare pour La Boucle du défi Pierre Lavoie. Vrai qu’elle est plus en forme que moi. Ce n’est pas une raison pour rester sur le bord du ch’min ou de rouler comme un gars en gougoune et en camisole qui va se chercher un sac de chips et une bière au dépanneur un dimanche après-midi de canicule.

Finalement, me suis rendu à la première pause. Après m’être vidé la vessie, m’avoir rempli l’estomac et avoir remis de l’ordre dans mes idées, on est reparti. Pis là, j’vous dis pas, on a roulé comme jamais. Notre fameux second souffle était de retour. Plus rien ne pouvait nous arrêter, sinon la faim au 100e km. On l’a écoutée. Le snack était bon, pis il nous a permis de finir le 130 km en beauté.  

La morale à 2 sous de cette courte histoire: dans cette course folle qu’est la vie, quand on a besoin de baisser la cadence, de prendre du recul, de refaire nos forces et de souffler un peu pour mieux repartir, il est nécessaire de prévoir des pauses.

C’est là que les puits de ravitaillement deviennent salutaires. Heureusement qu’ils existent. Sinon, on risque d’arriver en bout de ligne totalement magané et ahuri comme un chevreuil devant deux spots à brume !!    




Jean-Luc Jolivet

lundi 4 mai 2015


LA JALOUSIE


Aujourd’hui, je suis devenu celui que j’enviais hier. J’ai fait taire ces menteurs que sont les «il est trop tard», «tu es trop vieux», «tu n’es pas en forme», «tu n’as pas d’argent» etc.

Alors que je roulais au hasard d’un circuit improvisé, j’ai vu la jalousie se morfondre sur le trottoir. En croisant son regard, j’ai décidé d’augmenter la cadence et de m’éloigner de cette vilaine afin que plus jamais elle ne me plombe les ailes et ne me fasse perdre mon temps.

Jean-Luc Jolivet
 

samedi 14 mars 2015

AU GRAND DAM DES BANQUIERS


Aujourd’hui, au grand dam des gens efficaces, des économistes et des banquiers, je n’ai rien fait. Je n’ai pas nourri la bête qui nous dévorera sous peu si ça continue. Je n’ai pas ajouté de bûche dans le foyer qui nous consume lentement, mais sûrement. Je n’ai pas enfilé mon habit de consommateur. J’ai plutôt pris mon temps et j’ai dompté les horaires pour les mettre à ma main. J’ai retiré ma chape de plomb afin de souffler un peu et j’ai pris la route.

J’ai remonté le chemin qui mène au cœur de ma ville natale en roulant tranquillement sur la 138 entre le majestueux fleuve Saint-Laurent - que l’on ne regarde plus et que l’on prend pour acquis - et les merveilleuses Laurentides, montagnes si belles dont je ne saurais me passer. J’ai navigué peinard au centre de ce pays que j’aime tant. Accompagné dans mes pérégrinations par la voix familière d’un chanteur qui m'a raconté son pays à lui, l’Angleterre, à travers son transcendant Lullaby…and the Ceaseless roar. La rencontre de deux solitudes qui se comprennent malgré tout ce qui les séparer.

Arrivé à destination, j’ai marché dans les rues de mon enfance. Malgré les apparences, je n’étais pas seul. Tout un monde vivait en moi. Le passé, le présent et le futur s’entrechoquaient au rythme de mes pas. Une sorte de paix ainsi qu’une certaine satisfaction de me sentir vivant et l’idée d’être toujours debout après avoir, comme tout le monde, traversé quelques tempêtes, me donnaient de l’allant. Tout me semblait si clair et si simple. J’aurais poursuivi comme ça plusieurs heures, si ce n’avait été des limites de ma condition humaine. Fatigue, faim et froid m’ont vite ramené à l'ordre.

Au détour de quelques rues, j’en ai profité pour aller visiter de la famille que je ne vois pas assez souvent et qui me manque. Nous avons remodelé le monde et fait le plein de bonté humaine. Denrée précieuse qui n’est pas cotée en bourse. Ce court pèlerinage s’est terminé dans la chaleur de la maison familiale où, à nouveau, mes parents ont fait preuve d’un accueil et d’une générosité qui n’attendent rien en retour. 

Aujourd’hui, au grand dam des gens efficaces, des économistes et des banquiers, je n’ai pas fait rouler l’économie ni participé activement au PIB. Ce n’était peut-être pas payant à leurs yeux, mais je peux vous dire que ce fût assurément enrichissant et ressourçant.


Jean-Luc Jolivet