samedi 18 août 2018


NOUS ÉTOUFFONS ICI




S’il te plaît, je t’en prie, ne ferme pas la fenêtre. Ne trouves-tu pas que nous étouffons ici ?

S’il te plaît, laissons sortir cet air vicié et faisons de la place à un souffle plus frais.

Nous étouffons ici, dans ce petit monde policé où les «régressionnistes» veulent faire la loi et s’activent à saccager les gains obtenus dans plusieurs domaines dont l’environnement, l’économie, la culture ou le social.  

Après toutes ces luttes, ces revendications et tous ces combats, ne trouves-tu pas que nous semblons revenir à la case départ ?

Mais dis-moi, à quel moment l’avons-nous échappé de la sorte ?

Je sais bien que la vie est faite de mouvement, mais après toutes ces avancées, je ne peux pas me faire à l’idée que le pendule est sur le point de nous revenir en pleine gueule d’une aussi violente façon.

Avons-nous encore la possibilité de l’arrêter, ou du moins, d’amortir le choc ?

Malgré des signes inquiétants qui suggèrent que non, je veux toujours y croire.

Ouvrons nos fenêtres et laissons entrer un peu de sagesse dans cette pièce de plus en plus exigüe. Respirons un bon coup. Le temps est peut-être lourd, mais il n’est pas question de jeter l’éponge.

Prenons les défis un à un et à bras-le-corps. Continuons de chercher des solutions à nos failles.

Ne laissons pas notre humanité être écorchée, bafouée et piétinée de la sorte par le rouleau compresseur de la croissance infinie, des rapetisseurs d'horizons et de la déliquescence intellectuelle.    

Inspirons-nous de toutes celles et de tous ceux qui à chaque jour se relèvent les manches, se crachent dans les mains et tendent leur action vers la réalisation d’un monde plus lumineux.

La respiration sera plus ample, les idées seront plus claires et l’air ambiant sera moins écrasant.  


Jean-Luc Jolivet

lundi 25 juin 2018


Discours de la Fête nationale du 24 juin 2018


Chers amis.es, Québécoises, Québécois de toutes origines et de tous âges, bonsoir ! À nos sœurs et à nos frères des premières nations, un salut amical et respectueux : Kwei !

Le grand Gaston Miron a écrit un jour : « Si nos yeux se vident de leur mémoire, nous ne serons plus des hommes. » De vous voir toutes et tous aujourd’hui en si grand nombre, hommes et femmes debouts et fiers, je me dis que la mémoire est encore vive et pleine. 

D’aussi loin que je me souvienne, la fête nationale a toujours eu une résonance particulière en moi. En plus de coïncider avec le début de l’été, elle me fait prendre conscience de mon appartenance à ce beau et grand peuple Québécois.

Un peuple courageux, innovateur, généreux, chaleureux et ouvert.

Un peuple qui n’a pas à rougir devant quiconque et qui s’illustre internationalement dans plusieurs domaines.

Une nation qui porte en elle de riches et denses histoires de héros. Histoires qui continuent à s’écrire à tous les jours sous nos yeux.

Justement, ce soir, profitons de notre fête nationale pour reconnaître et honorer nos héros et nos héroïnes qui ne font peut-être pas constamment les manchettes et les premières pages des magazines, mais qui, par leur action quotidienne, font du Québec un lieu en constante évolution où il fait bon vivre.    

Ce soir, saluons respectueusement cette femme qui, à tous les jours de sa vie, après s’être assurée que sa marmaille ne manque de rien, retourne à son laboratoire de recherche pour trouver un remède ou une solution à nos défis environnementaux.

Levons notre chapeau à cet homme qui, après avoir laissé sa petite au CPE, retourne à son entreprise où il a tout investi afin de créer dans sa ville un milieu de vie dynamique et ainsi permettre à des gens d’occuper des emplois de qualité.

Remercions ces infirmières, ces enseignants, ces entraîneurs, ces travailleuses sociales, ces ergothérapeutes et j’en passe, qui ne comptent pas leurs heures pour faire une différence positive dans la vie des gens et qui sont des transmetteurs d’humanité.

Témoignons de notre estime à ce mécanicien qui s’assure de mettre à jour son expertise afin que l’on roule avec des véhicules sécuritaires et à cette coiffeuse qui nous fait une belle tête pour les occasions spéciales et pour la vie de tous les jours.

Soyons reconnaissants envers cette agricultrice, cet épicier et ce boulanger qui se lèvent aux petites heures du matin et qui travaillent d’arrache-pied pour nous fournir en denrées alimentaires de qualités. 

Inclinons-nous devant ces bénévoles et ces aidants naturels qui sont des diffuseurs de lumière et de bien-être.

Enfin, rendons hommage à cet auteure-compositrice-interprète, à ce dramaturge, à ce poète qui sèment le rêve dont nous avons tant besoin pour exister et à cette journaliste qui décrit, objectivement, le monde dans lequel on vit.  

La liste pourrait être encore longue et exhaustive, mais je sais que tout comme moi vous avez hâte de voir le superbe feu d’artifices préparé par nos valeureux bénévoles et ainsi de continuer à festoyer avec Perle et ses musiciens. Et vous aurez compris où logent mes héros préférés.

En terminant, il n’y a pas de meilleures façons pour clore ce petit discours que d’utiliser ces mots d’espoir chantés il y a 40 ans par deux de mes héros, Serge Fiori et Richard Séguin : « Ça fait du bien de s’voir, ensemble dans un lieu d’espoir, j’crois en toi tellement fort, si on chantait encore »

Bonne fête nationale !

Jean-Luc Jolivet

mercredi 25 avril 2018



La lumière des oiseaux (À Cécile)


Heureusement pour nous, un grand manitou a pensé un jour à diffuser toutes sortes de lumière tout au long de notre chemin pour nous réchauffer l’âme et le coeur: un sourire; le rire des enfants; un beau geste; une bonne parole; un ciel enflammé au couchant de l’été; une truite qui saute au milieu d’un lac calme à la tombée du jour; la vue d’une fleur qui pousse en milieu hostile. Que sais-je encore? Mais je n’ai jamais vu une lumière aussi libératrice et apaisante que celle produite par les oiseaux.

Évidemment, pour goûter aux bienfaits de leur science, il faut préalablement savoir se poser et mettre de côté les affaires que nous considérons pressantes. Chambouler notre ordre du jour remplit à ras bord et prêter une oreille attentive à ce qu’ils ont à nous offrir. Ouvrir les yeux aussi et attendre. Ne pas se décourager. Même si rien ne semble se passer, la transformation commence. Tranquillement pas vite, en scrutant soigneusement leur mouvement, leur amour et leurs travaux, nous devenons plus détendus. Nous oublions nos maux physiques et moraux. Cette chape de plomb, qui était si pesante il y a quelques instants, se fait moins lourde.

Comme par magie, nous devenons totalement présents et fondus à notre environnement. Nous nous sentons plus que jamais vivants et en symbioses avec l’Essence de la Vie avec un grand V. 

Et puis soudain, le chant d’un oiseau atteint la cible. Nos murs intérieurs commencent à se fissurer. Une lumière se pointe le bout du nez. Ces murs que nous nous employons à construire depuis notre tendre enfance deviennent fragiles. Un seul coup d’aile de ces poètes plumés permet à la lumière de terminer le travail et de faire éclater nos dernières résistances. Nos doutes et nos angoisses existentielles n’ont plus aucune emprise sur nous.

Nous ne connaissons plus la peur. Nos yeux sont neufs et lavés des poussières qui se sont accumulées avec le temps. Nous ne pouvons que rester scotchés à l’univers qui se déploie devant nous.

Nous comprenons alors que la vie est plus forte que tout. Qu’il suffit parfois d’exposer nos zones d’ombre à la lumière des oiseaux pour faire fondre nos appréhensions, et ainsi, retrouver une respiration ample et sereine.

Affectueusement,
Ton neveu Jean-Luc qui t’aime xx   

jeudi 15 mars 2018

CE GRAND LUXE


La table est desservie. La vaisselle se douche dans le lave-vaisselle. Le linge virevolte et se réchauffe dans la sécheuse. Le téléviseur, l’ordinateur et le cellulaire sont éteints. Les lumières sont tamisées. Le chien ronfle déjà sur son coussin. La maisonnée est assoupie et se laisse dériver lentement vers la nuit qui approche.

Un silence enveloppant et apaisant reprend ses droits et flotte dans l’air.

C’est l’heure pour moi de monter à l’étage et de m’installer confortablement dans ma salle de lecture et d'écriture.

Lieu béni.

Aussitôt assis dans mon divan, la tension accumulée durant la journée baisse automatiquement d’un cran.

Je ferme les persiennes, j'allume la lumière sous l'abat-jour, je nettoie mes lunettes et je reprends ma lecture là où je l’avais laissée à regret pour m’occuper de choses, disons, plus valorisées socialement.

Je retire mon costume de salarié et je plonge corps et âme dans le monde fascinant et foisonnant de la littérature. Plus personne n’attend quoi que ce soit de moi. Le souffle de la liberté me chatouille les narines et pénètre dans mes poumons. Je respire déjà mieux. Je me sens moi-même.

Je lis quelques pages et je m’arrête. Je réfléchis à ce que je viens de lire. Je me ferme les yeux. Je replonge encore pour lire quelques lignes. Je savoure ce que me raconte cet auteur contemporain en ce moment de pure félicité.

Je suis entièrement présent et dédié à ce que je fais.  

Je poursuis ma lecture sur plusieurs pages. Je m’arrête à nouveau. Je ferme le livre et le dépose sur la petite table blanche et ronde qui est à ma droite.

Je me laisse porter par mes pensées.  

Je me lève et vais chercher dans la bibliothèque un joyau de l’œuvre de l’immense Charles. Je relis pour une centième fois ce poème qui me touche toujours autant et je deviens subitement un spectateur silencieux et impuissant face au mauvais sort que les hommes d’équipage réservent aux albatros « ces rois de l’azur, maladroits et honteux » qui ont le malheur de se retrouver sur le pont de ce « navire glissant sur les gouffres amers. » J’en retiens une leçon qui sert à me remettre rapidement à ma place lorsque je suis sur le point de me moquer méchamment de quelqu’un.  

Pour m’éloigner de la mer, des préjugés et de la méchanceté, je tends l’oreille à ce que la merveilleuse Joséphine a à me dire. Elle est généreuse cette grande dame. Elle me permet d’avoir accès à elle et à son bagage de vie à travers le sublime Bâtons à message. Elle me dit en autres que « nous sommes rares, nous sommes riches, comme la terre nous rêvons. » Elle ne le sait pas, quoiqu’elle le devine sûrement, mais elle me nourrit durant plusieurs jours grâce à ses mots. Elle me comprend lorsqu’elle me dit que « mon rêve ressemble à une paix qui se bat pour sa tranquillité. »

Maintenant, afin de m’en mettre plein la vue, je n’ai qu’à étendre mon bras vers l’étagère du bas et ouvrir à la page 350 du tome II de l’œuvre complète du génie du Pays-Bas pour me retrouver dans un champ de Arles. Vincent m’invite alors à prendre tout mon temps et à contempler les gestes rapides et méthodiques du semeur au soleil couchant. Ensuite, il me suggère de regarder la vieille Tour dans les champs de Nuene à la page 45 du tome I. Je reste scotché de très longues minutes sur ces images sublimes. Je ne sais pas si ce peintre avait conscience en peignant ses tableaux que ceux-ci traverseraient le temps et qu’ils permettraient à un québécois de mettre de la couleur sur ces trop longs jours gris de mars, quelques 130 années plus tard. Cette question fascinante restera à jamais sans réponse.     

Mes yeux se font un peu plus lourds, mais je ne peux pas me résoudre à clore cette soirée de lecture tout de suite. Avant d’aller au lit, j’ouvre le Grand fanal de ce natif de Lauzon, de ce poète que j’aime beaucoup qui célèbre la vie, les oiseaux, notre majestueux fleuve et qui est à l’écoute « des paroles qui marchent dans la nuit. » Encore une fois, sa bienveillance m’est de bon conseil. Afin d’avoir une vie large, ce dernier m’invite à me « donner par jour cinq minutes de poésie. » Je ne saurai jamais assez le remercier.

On ne sait pas où peuvent mener nos lectures, mais celles-ci m’ont clairement aidé à écrire ce texte et elles m’ont permis de voyager dans le temps.

Voyez, je suis passé du XIXe siècle au XXIe siècle dans le temps de le dire et pour pas cher à part ça.

En tout cas, ce qui est heureux, c’est que je peux me payer ce grand luxe régulièrement sans pour autant risquer de me retrouver sur la paille.  


Jean-Luc Jolivet
Jeudi 15 mars 2018

samedi 18 novembre 2017

(Fiction)

Sergei Arkadiévitch Teviloj 1900-1992

Pour eux, je n’étais rien et c’était bien ainsi. Ils croyaient qu’en m’enfermant dans leur camp, en me laissant croupir dans la boue de leur goulag, ils rendaient service à leur système.

Ils se trompaient. Ils n’ont réussi qu’à me rendre service. C’est dans cet effroyable lieu que j’y ai fait la rencontre marquante de ma vie.

La solitude.

C’est dans cet endroit vidé de toute humanité que j’ai pu l’apprivoiser et que j’en ai fait l’objet le plus précieux de mon existence.  

Depuis ce jour, j’ai réussi à la préserver de toute attaque de l’extérieur. Je l’ai jalousement gardée.

Ils n’auraient pas dû me laisser sortir. Il aurait été préférable pour eux de me tuer. Une fois que la solitude ne vous effraie plus, rien ne peut plus entraver votre chemin et vous devenez prêts pour la liberté.

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Pour eux, je n’étais rien et c’était bien ainsi. Être considéré comme une quantité négligeable, comme un être invisible et sans importance, vous ouvre les portes de la liberté la plus complète.

Au lieu de m’apitoyer sur mon sort, je me suis empressé de saisir cette occasion pour me soustraire à leur code, à leur manière de vivre et à leur schème de pensé. J’ai tout rejeté ce qui émanait d’eux. Sans faire appel aux armes.

J’ai enfilé mon costume de misanthrope et j’ai sévi. Me croyant complètement retiré du monde, ils ne m’ont plus jamais ennuyé.   

À partir de là, et jusqu’à la chute du mur, je me suis employé, avec ma plume et mes mots, à relayer, ici et là sous le manteau, l’idée d’un futur plus lumineux.

Je ne saurai jamais si j’ai pu faire une quelconque différence sur le cours de notre histoire nationale. Je quitterai tout de même ce monde avec la conviction profonde qu’avoir agi autrement m’aurait fait passer à côté de l’essentiel. Je n’aurais pas seulement été vaincu par la tyrannie, mais aussi par la lâcheté.


Un apport aussi minime soit-il pour la justice, pour la dignité humaine et pour la liberté vaut mieux qu’un silence complice.         

samedi 16 septembre 2017

DÉSOLÉE MONSIEUR !


Il y a parfois de belles rencontres inattendues qui nous poussent à nous questionner sur nos comportements et qui nous laissent au passage une durable leçon de vie. Ça m’est arrivé tout récemment alors que ma soif de liberté et le désir d’être dans ma bulle me laissaient plutôt l’impression de ne vouloir interagir avec personne. J’avais enfilé mon habit de misanthrope et je voulais qu’on me sacre la paix.

La suite m’a agréablement surpris. Voyez par vous-mêmes.        

Je roulais peinard vers le Vieux-Port de Québec sur la piste cyclable qui longe la rivière Saint-Charles tout en sirotant les rayons du soleil à petite gorgée, lorsque j’ai croisé, tout près du pont Lavigueur, de l’autre côté de la rue de la Pointe-aux-Lièvres, une famille également adepte du deux roues.

Ouain, pis ? Seriez-vous tentés de me dire.

Je sais, je sais, il n’y a rien là de très original, j’en conviens. Mais de cette brève rencontre est né ce texte inspiré par deux petits mots qui m’ont accompagné tout au long de ma sortie.   

Alors, si vous souhaitez continuer dans mon sillage, ne vous gênez pas; sinon, vous avez le loisir de décrocher tout de suite ou en cours de route et, ainsi, poursuivre votre chemin.

Donc, écrivais-je, de l’autre côté de la rue de la Pointe-aux-Lièvres en ce superbe samedi matin de septembre, il y avait une famille de 5 personnes à bicyclette. Le papa devant avec un bébé dans le siège arrière et tout près de lui son jeune fils à vélo. La maman quelques mètres derrière donnait des conseils à sa fille qui peinait à reprendre son élan.

Comme je n’avais pas en tête de battre le record mondial du gars qui s’impression lui-même et qui veut exploser son odomètre avec des chiffres stratosphériques aussi éphémères que futiles - de toute façon, quand la fièvre me prend, je roule sur la route et non pas sur une piste cyclable - j’ai ralenti la cadence et j’ai souri à la mère pour bien lui faire comprendre que je ne ferais pas le zouave en zigzagant entre elles.

Elle m’a souri en retour et m’invita ensuite à passer devant. Alors que je m’exécutais, elle m’a dit : « Désolée Monsieur ! ». Un peu surpris, je lui ai répondu en bafouillant, « Ben voyons madame, il n’y a pas d’quoi ! ».

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Je m’attendais, en reprenant mon erre d’aller, de retrouver rapidement ma félicité et mon insouciance, mais quelque chose me chicotait. J’avais beau tenter de chasser la scène de mes pensées, celle-ci revenait constamment perturber ma quiétude initiale.

Je trainais avec moi comme un regret. C’était plutôt flou, mais une petite voix en moi me disait que j’aurais peut-être dû m’arrêter pour discuter quelques minutes avec la dame. En autres, j’aurais aimé lui dire que je trouvais qu’elle et son mari étaient beaux et touchants à voir aller avec leur marmaille. Qu’ils étaient de bons parents et tout le reste. Mais d’un autre côté, l’autre voix - vous savez, celle qui nous dit que ça ne se fait pas ces choses-là - m’intimait d’oublier ça et de laisser tomber mes interrogations au plus sacrant au sujet de cette situation qui, toujours selon l’opinion de cette mauvaise conseillère de voix, n’avait aucune espèce d’importance. Sans compter que le mari qui attendait un peu plus loin se serait sûrement demandé ce qui pouvait bien se passer avec cet inconnu habillé comme un dopé du Tour de France. Pas plus fin, si j’avais insisté, j’aurai pu me ramasser avec son poing sur la gueule.

Dans ces conditions me disais-je, c’était plus sage de continuer même si je devais rester pris pour toujours avec mes doutes.               

Ces doutes qui se résumaient à ceci : pourquoi avait-elle senti le besoin de se dire désolée ? Désolée de quoi au juste ? Désolée d’être dans mes jambes ? Désolée de ne pas rouler à 30 km/h ? Désolée de prendre le temps de bien encadrer sa fille pour que cette dernière puisse aimer les sorties à vélo et qu’elle veuille pratiquer ce sport sa vie durant, et ce, jusqu’à épuisement de ses forces ?

Je m’étais pourtant assuré de ne pas arriver avec l’air du fou furieux qui veut tout bousculer sur son passage et qui fulmine devant la lenteur.

D’autant plus que dans deux décennies à peine, c’est-à-dire demain, c’est probablement sa fille qui devra ralentir sa course afin de ne pas faire prendre le décor à l’homme plus âgé et plus lent que je serai devenu.

Aussi bien rester humble devant le mouvement et les cycles inéluctables de la vie. Un jour, la fragilité changera de camp. D’ici là, me semble que la moindre des choses, c’est de respecter celles et ceux qui n’ont plus ou pas encore la capacité d’en faire autant que nous.

Je m’égare.

Je ne souhaite pas tant parler du temps qui passe que de la vitesse à laquelle nous menons nos existences.

Qu’est-ce qui nous pousse à être aussi pressés ? La technologie ? La recherche de la reconnaissance ? Le besoin de nous sentir vivant ? La conscience de savoir notre temps compté ? Le culte de la performance ? La peur du vide est des temps morts ? La crainte de ne pas jouir de toutes les possibilités que nous offre notre époque ? Et quoi encore ?

Cette course folle nous amène même, alors que nous sommes dans notre plein droit de faire telle ou telle activité à l’heure, au moment et au rythme où ça nous chante, à ressentir le besoin de nous excuser ou à nous dire désolé si notre pas est moins leste ou si nous avons le sentiment de retarder le groupe.

Le temps est mauvais pour les rêveurs et les flâneurs. Les espaces pour la réflexion et le silence se rétrécissent comme peau de chagrin.

Tout est réglé au quart de tour. Même les loisirs et les vacances semblent devoir être bridés et mis au pas. Tout doit se dérouler exactement comme nous l’avons planifié. Sinon, c’est la panique et l’impatience qui deviennent les maîtres de nos faits et gestes.  

Quelle place réservons-nous de nos jours à l’inattendu, à l’improvisation et aux surprises ?

Ces questions sont vieilles comme le monde. Je suis certain qu’à chaque époque elles se sont posées. Différemment peut-être, mais posées tout de même.

En tout cas, ces simples mots « Désolée Monsieur ! », m’ont permis de réfléchir et de me questionner sur ma propre impatience. À calmer un peu cette urgence latente que je ressens constamment.

Grâce à eux, j’ai fait ma plus belle sortie de vélo de l’été. Elle n’était peut-être pas sous le signe de la vitesse, mais plutôt basée sur la qualité.

J’ai pris le temps de prendre mon temps. J’ai souri aux gens, je les ai salués et j’ai cédé le passage plus souvent qu’à l’habitude. En clair, j’ai vraiment, mais alors vraiment savouré chaque minute de cette randonnée et j’ai été plus attentif aux autres et aux majestueux paysages qui nous entourent et que nous prenons trop souvent pour acquis. 


En somme, même si j’en étais déjà convaincu, je me conforte aujourd’hui dans l’idée que pour que la vie puisse déployer ses plus belles couleurs, nous devons parfois nous laisser guider par ces surprises qui se pointent le bout du nez, tout bonnement comme ça, au hasard d’un détour.   




Jean-Luc Jolivet

Samedi 16 septembre 2017

dimanche 16 juillet 2017

LES DIFFÉRENTS CIELS

Évitons tout de suite les malentendus qui risqueraient de décevoir vos nombreuses attentes chères lectrices et chers lecteurs.

Il n’est nullement question dans ce texte de physique, de mathématique ou de mécanique. Pas plus que de religion d’ailleurs. Sinon, j’aurais probablement utilisé les mots différentielle, différentiel ou cieux.  

Mais ne nous méprenons pas. Ce sont des sujets fort intéressants qui méritent qu’on s’y attarde sérieusement. Ça c’est sûr. Seulement, à ma grande honte, je n’ai aucune compétence et je suis nul à ch…en ces domaines. Je n’ai pas d’autre choix que de déclarer forfait et de laisser le champ libre à des cerveaux plus avancés. 

Mon unique motivation est de rendre hommage à ces ciels qui, d’aussi loin que je me souvienne, m’ont toujours fasciné et fait rêver. Ces ciels qui poursuivent leur chemin et qui déploient leur poésie à toutes les heures du jour et de la nuit, et ce, indépendamment de nos guerres, de nos mesquineries, de nos coups bas, de nos jalousies ou de notre petitesse notoire.

Remarquez bien qu’ils ne se soucient pas plus de nos bons coups, de notre bonté, de notre générosité ou de notre humanisme.

Ils sont totalement libres et n’attendent rien en retour. Ils offrent, c’est tout et c’est beaucoup.

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Je suis constamment subjugué par la beauté de ces différents ciels qui jalonnent nos vies. D’ailleurs, je les remarque davantage depuis que je roule à vélo. Et d’après ce que j’ai pu voir récemment sur les réseaux sociaux, je ne semble pas seul à être ému devant leur magnificence.

On aura beau les peindre, les chanter, les photographier, les filmer ou les scruter au télescope jusqu’à plus soif, on n’arrivera jamais à vraiment percer leur mystère. Notre seule et unique possibilité est de les contempler. Voilà une activité qui, lorsque l’on prend le temps de bien la pratiquer, amène son lot de satisfaction.

Il y a plusieurs manières de le faire : en marchant, en roulant, en volant, en voguant, en se couchant sur le gazon, sur le quai d’un lac ou dans un beau grand hamac. Et que sais-je encore ?

Toutes les saisons sont porteuses de ciels à savourer. Les ciels lumineux du printemps, les flamboyants, les orageux ou les bleus azures de l’été, les purs et les étoilés de l’automne ou les cristallins et les enneigés de l’hiver.

Pour ma part, dès que je me pointe le nez dehors ou que je regarde par la fenêtre, la première chose que je désire savoir, c’est de quelle humeur est le ciel aujourd’hui. 

Est-ce qu’il sera, au lever du nouveau jour, une source d’inspiration et d’espoir? Est-ce qu’il saura m’apaiser l’âme dans le tumulte d’un mauvais jour? Est-ce qu’il saura m’injecter une bonne dose d’humilité lorsque mon ego et ma vanité me feront croire que je suis le centre de l’univers? Est-ce qu’il saura encore longtemps demeurer juste et bon comme il l’a été jusqu’à maintenant?

Si, contrairement aux gaulois, je ne crains pas que le ciel me tombe sur la tête, je redoute tout de même le jour où le rideau tombera sur la représentation et sur mes yeux qui seront privés à tout jamais de ces spectacles à grand déploiement totalement gratuits et dépourvus de toute espèce de publicité affligeante et aliénante qui nous pourrit la vie jusqu`à la moelle.   

D’ici là, je m’engage à ne jamais être indifférent aux différents ciels. 

Promis.

Jean-Luc Jolivet

Samedi 15 juillet 2017