lundi 13 juillet 2020



DEUX LUMIÈRES SE SONT ÉTEINTES


Les mots, ceux-là mêmes qui sont venus plus d'une fois à notre rescousse, semblent aujourd’hui inadéquats, lourds, inutiles et insignifiants.

Pourtant, nous avons besoin d’eux pour nommer l’innommable, pour témoigner du drame, pour exprimer notre tristesse, et surtout, pour se rappeler.

Nous avons besoin d’eux pour rendre hommage aux deux sœurs disparues, pour signifier notre soutien à la mère qui souffre, aux proches et à celles et ceux qui sont touchés de près ou de loin par cette terrible tragédie.

Nous avons plus que jamais besoin d’eux pour arriver à se comprendre lors de situations conflictuelles, pour atteindre l'apaisement lorsque la tension est à son comble et pour désamorcer la violence qui n’arrange rien et qui ne peut que mener au pire.          

Deux lumières se sont éteintes dans une nuit d'été caniculaire, mais l’écho de leur éclat résonnera tant et aussi longtemps que les mots les empêcheront de sombrer dans l’oubli.    


Jean-Luc Jolivet

jeudi 25 juin 2020



SANS ODOMÈTRE


Dire que cette nouvelle façon de pratiquer mon sport favori découle d’une décision impulsive et paradoxale. Où j’ai été à la fois trop pressé et outrageusement paresseux.

N’en pouvant plus d’attendre, dès que j’ai eu l’occasion de faire ma première sortie, j’ai enfilé à toute vitesse mon habillement, j’ai rempli ma bouteille, ramassé une poignée d’amendes ainsi qu’une barre de fruit et je me suis dépêché à préparer mon vélo. 

Au moment du départ, je me suis aperçu que je n’avais pas installé mon appareil de mesure.

C’est là que ma fénéantise a dit « d’la marde » et m’a soufflé à l’oreille « pas le goût pantoute de retourner au sous-sol pour aller le chercher, il est trop loin dans l’fond de la boîte. On va s’en passer pour aujourd’hui, allez bonhomme, on décampe ».

En parfaite symbiose avec ma paresse, je me suis laissé convaincre sans difficulté. Et puis je me suis fait cette réflexion, pourquoi vouloir à tout prix me surpasser, allons-y relaxe. 
Durant les premiers kilomètres, je dois avouer que ça me chicotait un brin quand même.

Mon côté compétitif s’est mis à narguer la part contemplative de ma personnalité et à y faire son procès. J’ai failli flancher et virer de bord pour quérir l’objet qui servirait à assouvir mon besoin de statistiques.

Faut dire que lors des saisons passées, j’ai été pas mal maniaque. Si la batterie était à plat ou si une défectuosité m’empêchaient d’engranger les chiffres, je notais tout sur un bout de papier pour, par la suite, une fois l’odo de nouveau en fonction, les y ajouter.
Ce serait quand même excessif de dire qu’avant, je n’avais les yeux rivés que sur mon compteur et que je négligeais le paysage. J’ai toujours su apprécier le décor lors de mes échappées.

Mais je me suis fait prendre au jeu et je prends goût à sortir sans ma patente. Ma négligence de départ soulève des questions et me donne envie de continuer ainsi. Comment je peux bien expliquer ça ?

Petit retour en arrière.

La petite reine est l’une des rares activités dont la passion originale n’a jamais été érodée par toutes ces années. À chaque virée que je prépare, j’ai les mêmes papillons au ventre que lorsque j’étais enfant. C’est donc dire que ma soif de liberté est aussi grande qu’avant et que, normalement, je ne devrais pas être obnubilé par ma performance.

C’est maintenant que je me rends compte que dans les faits, ce n’est pas toujours ainsi que les choses se sont passées.

Je réalise que bien souvent de fois, je suis revenu un peu frustré d’une excursion. Me sermonnant en disant. J’ai pris plus de temps que d’habitude pour faire un circuit banal. Ma vitesse moyenne n’est pas à la hauteur de mes attentes. Il m’aurait fallu ouvrir la machine pour monter plus vite cette côte. J’aurais dû travailler plus fort pour rattraper et dépasser le baveux qui m’a clenché à plate couture tantôt. La saison avance trop vite et les mauvais jours m’empêcheront de battre le kilométrage de l’année précédente. Je devrais m’acheter un vélo électrique ou accrocher ma monture et prendre ma retraite.

En un mot, ne rouler que pour le pur plaisir prenait passablement le bord d’année en année pour laisser le champ libre aux prouesses. Je voulais me surpasser. Pousser la machine. Battre mes propres records.    

Je ne sais combien de temps encore avant que je ne succombe aux chants des sirènes de la performance et que je réinstalle mon indicateur de vitesse ?

Pourrais-je m’en passer tout l’été ? Rien n’est moins sûr.

Pour l’instant je me laisse porter par cette félicité inattendue et non planifiée. 
 
Et je me dis que si je réussi à mouliner sans odomètre jusqu’à la première neige, peut-être réussirais-je à appliquer cette nouvelle philosophie dans les autres sphères de ma vie !

Jean-Luc Jolivet  
       




Fête nationale du Québec 24 juin 2020 sous le thème Unis

Unis par nos victoires
Unis par nos défaites
Unis par nos bons coups
Unis par nos erreurs
Unis par nos chagrins
Unis par nos joies
Unis par nos blessures
Unis par nos guérissons
Unis par nos silences
Unis par nos chants
Unis par nos défauts
Unis par nos qualités
Unis par nos rêves
Unis par nos désillusions
Unis par nos errements
Unis par nos espoirs
Unis par la beauté de nos grands espaces
Et, évidemment, Unis par nos prévisions météorologiques 😉

Au fond, nous sommes Unis par notre humanité.

Des humains imparfaits certes, mais Unis sous le même unifolié et - quoi qu’on dise, quoi qu’on fasse - un peuple inclusif, accueillant, résilient, parfois vacillant, mais toujours debout.

mercredi 13 mai 2020



CAUCHEMAR

Très rare que je fais ça, mais là faut absolument que je vous raconte mon cauchemar. J’y vais en vrac, ne me souviens pas de tout, mais vous allez avoir une idée.

On vivait un moment planétaire hallucinant. Un méga virus avait tout paralysé. Il n’existait aucun vaccin, aucun médicament.

Nous étions confinés dans nos maisons pendant des semaines, les plus vulnérables étaient les plus touchés, c’était l’hécatombe dans les CHSLD - qui étaient faut bien le dire sous-financé depuis des lustres -, nous manquions de pleins de matériels médicaux et de ressources humaines, il avait même fallu appeler l’armée en renfort, le personnel soignant était à bout de souffle, le premier ministre faisait des points de presse quotidien accompagné du directeur de la Santé publique, de la ministre de la Santé, et parfois avec d’autres ministres, pour faire le décompte des morts, des hospitalisations et donner les consignes du jour, les économies étaient au ralenti - il n’y avait que les commerces essentiels d’ouvert- , les conspirationnistes s’en donnaient à cœur joie, ils incendiaient même les tours de communication. Fallait vraiment réapprendre à vivre autrement. Il y avait tout de même de supers belles initiatives qui donnaient espoir pour la suite.

Pis, je me suis réveillé juste au moment où tout le monde n’en pouvant plus et demandait de l’air pour respirer et le signal pour redécoller. Le gouvernement annonçait donc le déconfinement graduel. En commençant par les écoles et les services de garde - où d’ailleurs bizarrement le ministre de la Famille conseillait de garder les enfants à la maison faute de place - et les commerces dit non essentiels. 

La seule chose dont je me souviens de la fin de ce cauchemar, c’est qu’il y avait beaucoup de confusion autour des annonces et que nous étions dans le néant le plus total. Nous les humains qui aimons tant avoir des réponses concrètes face à nos craintes, nous devions avancer dans le brouillard le plus épais.

Fiou, merci de m’avoir lu, ça fait du bien de partager. Une chance que ce n’était pas vrai. Imaginez.     

Jean-Luc Jolivet  

mardi 7 avril 2020


SALUTAIRES MARCHES



Vrai que je t’ai négligée
Impossible de le nier
Faisant mon beau smatt
En préférant avant tout rouler
Que de me tenir sur mes pattes

Vrai que je t’ai boudée
Impossible de m’en cacher
M’affichant comme un paon
Sur la selle de sa bien aimée
Et choisissant de te laisser en plan

Vrai que je t’ai méprisée
Impossible de me dérober
Je te comprends de m’en vouloir  
J’ai agi comme le dernier des crottés
En évitant tous les trottoirs  

Mea culpa, mea maxima culpa
Avec ce grand confinement
Me suis souvenu qu’en marchand  
Ma tête s’accordait bien à mes pas
On sort ? Allez, sois sympa !


Jean-Luc Jolivet

mardi 31 mars 2020

Bonjour à toutes et à tous,

Je suis curieux des statistiques plus bas. Gens d'Italie (on est avec vous) des États-Unis, d'Allemagne et du Portugal, vous comprenez le français ? Vous aimez mes textes ? J'aimerais bien en savoir plus.

Vous pouvez me laisser un message ?

Portez vous bien.

Amicalement,

Jean-Luc


dimanche 29 mars 2020




En soutien à celles et à ceux qui, bien avant l’état d’urgence sanitaire, avaient perdu l’appétit. Souhaitons que cette crise n’exacerbe pas leur état, mais qu’elle puisse, qui sait, leur redonner le goût, une bouchée à la fois, de mordre à nouveau dans la vie.


RETIRER CETTE LONGUE ÉPÉE DE SILENCE QUI ME BROIE LE CŒUR*


Il y a longtemps que les aliments n’ont plus de goût. Ils sont fades. Insignifiants. Tout comme mon existence. Je n’en retire plus aucun plaisir. Et pourtant.

Et pourtant, à tous les jours que la nuit amène, je m’efforce, par instinct de survie j’imagine, à faire ce que doit. Je réussis tant bien que à mal à me nourrir.

Et malgré les larmes qui viennent ajouter un peu de mauvais sel à mes repas, j’arrive, une bouchée à la fois, à faire entrer assez de carburant pour passer à travers ma journée.

Et malgré mes poings fermés, mes bras crispés, je parviens à faire les gestes nécessaires pour bien couper ma nourriture et la porter à ma bouche. C’est sans conviction que je la mastique. Il me semble que ça dure une éternité. Je pense parfois, dans les mauvais jours, que cette comédie a assez durée.

Pourquoi ne pas porter le coup fatal dans ce cas, me dis-je à l’occasion ? C’est un mystère. Malgré tout, j’ai le sentiment que mes efforts quotidiens pourraient m’extirper de ce marasme. J’ai comme une sourde conviction qu’il y a une faille en toute chose et que c’est par là qu’entre la lumière**.

Et justement, en parlant d’elle, la lumière. Elle ne me lâche pas d’une semelle. Au moment où je m’y attends le moins, où la grisaille me paraît installée à demeure, paf ! Elle m’éclabousse sans crier gare. Elle me tend la main. Me caresse le visage. Me relève. Me chuchote à l’oreille : « Tiens bon, les jours meilleurs sont devant toi » ou « Tu n’es pas seul ».

Elle prend le visage du rire franc et serein d’un enfant heureux. Elle se faufile dans l’appel d’un ami dont je n’avais plus de nouvelles. Elle se cache dans les belles paroles que cette dame m’adresse après lui avoir ouvert la porte. Elle vit dans l’oreille attentive et sans préjugée que me tend une ou un collègue. Elle est cette musique qui me frappe direct dans le plexus et qui me redonne l’élan et le rythme pour mettre un pied devant l’autre afin de continuer à avancer. Elle est tout ça et plus encore.

Je table donc sur ces poussés lumineuses pour contrer les forces qui veulent me tirer vers le bas. Ce n’est pas tous les jours faciles, mais je crois qu’en m’accrochant de toutes mes forces, je parviendrai à retirer cette longue épée de silence qui me broie le cœur.


Jean-Luc Jolivet    

*Titre inspiré d’un écrit de Christian Bobin publié dans le texte L’éloignement du monde  
** Traduction de There is a crack in everything, that’s how the light gets in paroles dans la chanson Anthem du grand Leonard Cohen paru sur le disque The Future