Sur la branche solitaire
Ce voyageur ailé*
Vient y faire ses vocalises
* Tiré du poème de Charles Beaudelaire L'albatros
Superbe photo : Georges Rousseau
Gonflée par les crues printanières, asséchée par le soleil de juillet, bardassée par les vents et les pluies torrentielles de l'automne ou givrée par les glaces de l'hiver, la rivière suit inexorablement son cours.
Indépendamment de nos négligences et de nos mauvaises décisions qui peuvent un jour ou l'autre l'affecter.
Indépendamment de nos bavardages, elle fait ce qu'elle a à faire.
Et au passage, si nous prenons le temps, elle nous permet de rêver, de relaxer, de réfléchir, et pourquoi pas, d'écrire un petit texte en son honneur.
Photo : Moi (Rivière-Lorette, L'Ancienne-Lorette, Québec)
Dans les zones électrisantes des mélodies vivifiantes
Je suis las de ces controverses tapageuses
De ces cris, de ces blessures étalées au grand jour
Je me réfugie dans les arpèges de ma solitude
J’escalade des clés de sol pour prendre de l’altitude
Et je quitte momentanément cette réalité outrageuse
Ne me cherchez pas pour quelques heures
J’enfile mes écouteurs, je branche ma
Stratocaster
Je vais me ressourcer dans les zones
électrisantes
Et azurées de ces douces mélodies vivifiantes
Alors que tout autour rien ne s’apaise et que tombe le
soir
J’augmente le volume et j’entends poindre l’espoir
Par ces quelques notes qui se faufilent à pas feutrés
Dans les couloirs boisés de ma caisse de résonnance
Je sens que la lumière éclaboussera sous peu mes
défaillances
Ne me cherchez pas pour quelques heures
J’enfile mes écouteurs, je branche ma
Stratocaster
Je vais me ressourcer dans les zones
électrisantes
Et azurées de ces douces mélodies vivifiantes
À quoi aurait bien pu ressembler mon parcours
Si l’inspiration avait choisi le berceau du voisin
Au lieu de souffler doucement sur le mien
Je n’ose pas imaginer le vide qu’elle aurait causé
Ni par qui et comment j’aurais pu être sauvé
Ne me cherchez pas pour quelques heures
J’enfile mes écouteurs, je branche ma
Stratocaster
Je vais me ressourcer dans les zones
électrisantes
Et azurées de ces douces mélodies vivifiantes
Jean-Luc Jolivet
PAUSE LITTÉRAIRE
Comment ça fonctionne tout ça ? Ça restera toujours un
joyeux mystère pour moi.
Parfois, je pars et me dirige vers ma librairie
indépendante favorite - la Librairie Vaugeois pour ne pas la nommer 😉 -
avec en tête une liste précise. Je sais ce que je veux. Mais aussitôt entré, un
livre me prend par la main. M’invite à lire le résumé sur sa 4e de
couverture. Je l’ouvre et parcours quelques lignes et puis je ressors avec sans
avoir acheté ce qui m’avait fait me déplacer. Puis, c’est la symbiose totale.
Une union parfaite avec son contenu et mon état d’esprit, mon humeur. Un
délice.
À d’autres moments, je ne me laisse pas distraire. Je vais
me procurer exactement le livre de l’auteur.e - oui oui, je mets un «e»,
j’haguy le mot autrice - que je connais bien et dont j’attendais impatiemment
la sortie de son nouveau chef-d’œuvre. Puis, je reste un peu sur ma faim. Pas
que c’est mauvais. Mais, allez savoir pourquoi, ça ne colle pas.
Enfin, il y a des livres que je regarde prendre vie
nonchalamment. Je suis un peu indifférent. Je lis les critiques en diagonale.
Je me dis, si j’ai une chance de le lire un jour, je le ferai. Arrive alors une
entrevue de l’auteur. À un moment où je suis bien disposé. Tout ouïe. J’écoute
attentivement. Et lorsque l’entrevue se termine, je me dis, déjà !? Je n’ai pas
le choix, je me rends dès que possible à la librairie. En plus, j’ai droit à
mon rabais. Belle affaire.
J’hésite toujours à utiliser cette expression qui sert à
qualifier bon nombres d’œuvres littéraires, musicales et cinématographiques.
Justement car je la trouve surutilisée. Un peu galvaudée. Et je flaire parfois,
l’outil marketing. En tout cas, elle ne me satisfait pas. Mais bon, je n’ai
rien trouvé de mieux.
Kukum, de l’auteur Michel Jean, fait donc partie de mes
coups de cœur de cette année pour le moins difficile.
Par où commencer. C’est ici que mon texte devient plus
difficile à écrire. Je voudrais, en peu de mots, décrire l’indicible.
L’intangible. Tâche à peu près impossible. J’ai bien peur de ne pas y arriver,
mais je plonge tout de même.
Voici.
Dès les premières lignes, je savais que je suivrais la
narratrice jusqu’au bout du récit. Il était clair que j’allais m’investir
totalement et y mettre toute ma concentration, comme si elle était physiquement
présente et me racontait son histoire de vive voix. C’était une évidence que je
la laisserais me décrire l’aventure qu’a été sa vie en m’extirpant temporairement
de la mienne. En faisant abstraction du vacarme extérieur, j’ai pu écouter les riches
sons de son existence.
J’ai été bien récompensé.
Almanda Siméon, cette femme intelligent, libre, forte et
humaine, m’a d’abord expliqué d’où elle venait. Ensuite, elle m’a fait une
place dans le canot qui remontait la Péribonka. Elle en a profité pour me faire
voir les Passes-Dangereuses, me décrire ses peurs, ses espoirs, ses chasses,
ses pêches, ses échanges avec les aînés et son apprentissage de l’innu-aimun. Elle
m’a parlé de ses enfants, de sa famille et de son Thomas évidemment. Elle m’a
fait visiter son nouveau pays. Sa vastitude. Sa richesse. Ses dangers. Elle m’a
raconté aussi, comment, un jour, on leur avait coupé l’accès à leur pays, leur
territoire. On les a virés de bord, sans ménagement et sans excuse.
Tout en prenant notre thé ensemble, elle sur le perron de
sa petite maison à Pointe-Bleue, moi dans ma bibliothèque, elle m’a parlé de
Pekuakami, et de ses humeurs, comme personne auparavant. Elle m’a exposé ses
blessures, les pensionnats, l’arrivée du train, du progrès qui n’ont pas fait
de quartier et qui ont complètement chamboulé leur vie active, circulaire et riche.
Habitués qu’ils étaient de n’attendre rien de personne, de ne compter que sur
leurs talents et leurs propres ressources. Ils se retrouvaient soudainement en
situation de dépendance.
Deux jours après avoir refermé le livre, l’histoire
d’Almanda Siméon m’habite encore.
Ce sont des choses que j’avais apprises par des lectures
précédentes, mais, il est nécessaire de se les faire répéter encore et encore afin
de ne jamais oublier.
Une chose est certaine, lorsque nous pourrons retourner sur
les rives de Pekuakami à l’Auberge Maison Robertson de Mashteuiatsh, nous
allons regarder attentivement vers le nord-est, à l’embouchure de la Péribonka,
et peut-être aurons-nous la chance de voir Almanda et Thomas se diriger vers
leur pays de liberté, vers la vie qui était la leur où il se sont épanouis et où
ils ont vécu une vie remplie, honnête et digne.
Bonne lecture,
Jean-Luc
Le fait est
Le fait est que je suis né, un beau jour de mai, sur ce
magnifique territoire qui se nomme Québec. Deux mois avant que Neil Armstrong ne
mette les pieds sur la lune.
Je suis Québécois. Ma langue maternelle est le français. C’est
une langue que je trouve belle, subtile et riche. J’ai travaillé fort et je
continue à m’appliquer quotidiennement pour l’écrire correctement et la parler
du mieux que je le peux.
Je suis utopique, mais je rêve que la fierté que je ressens
de la toujours parler, malgré tous les vents contraires qui la malmènent, soit partagée
par tous les citoyens du Québec, sans exception.
Ce n’est pas un plaidoyer pour ne s'en tenir qu'à une seule
langue. Je sais bien tous les avantages que nous pouvons retirer de parler le
plus de langues possibles. Je sais qu’en ce faisant, nous nous ouvrons sur des
richesses qui ne peuvent que nous être bénéfiques.
Je souhaite simplement que notre langue commune soit le
français et que cette spécificité de l’Amérique du nord soit protégée, valorisée
et pérennisée pour les générations actuelles et futures.
Nous ne pouvons pas nous permettre d’échouer.
Nous, locuteurs et locutrices francophones des Amériques, avons
aussi beaucoup à transmettre et à apporter. Le français n’est pas une honte. Il
est parlé par 300 millions de personnes à travers le monde. C’est une ouverture
sur des cultures magnifiques qu’il serait un peu bête de bouder et de tenir
pour négligeables.
Le fait est que je suis fier d’être Québécois, d’avoir vu
le jour de ce côté-ci de l’Amérique du nord. Je suis fier de faire partie de ces
gens chaleureux, ingénieux, courageux et talentueux.
Jean-Luc Jolivet
UN
RIRE LIBÉRATEUR
Pour
notre plus grand bonheur, nous pouvions enfin, ce samedi-là, faire cette petite
sortie à vélo que nous souhaitions tous les quatre voir se concrétiser depuis
un certain moment.
Le
trajet était choisi depuis belle lurette. Il ne nous restait qu’à fixer l’heure
et le lieu de rencontre. Deux ou trois textos plus tard, ces détails étaient
réglés.
Arrivés
au point de départ avec un léger retard, c’est près de la rivière que MC et JP
II nous attendaient patiemment. Nous étions heureux de nous revoir et fin prêts
à mouliner. Et, par le fait même, nous allions profiter de cette occasion pour
mettre à jour toutes les nouvelles concernant nos vies respectives.
Le
ciel était clair, le soleil nourricier, le vent doux et l’air pur. La symbiose
entre les éléments, notre humeur légère et notre joie allègre était parfaite.
Nous goûtions à cet instant parfait que nous savons, à nos âges, plus précieux
que jamais. Lorsque les vicissitudes du quotidien prennent congé, nous devons savourer
à fond ce répit, et surtout, veiller à ne pas le laisser filer trop vite.
La
météo annonçait une possibilité de fine pluie vers la fin de l’après-midi, mais
rien d’alarmant. Nous pouvions rouler en toute quiétude.
C’est dans
cet état d’esprit, où se mêlaient insouciance et bien-être, que nous nous
sommes rendus jusqu’à la Station touristique Duchesnay pour prendre une petite
pause et une collation méritées.
C’est
là que les nuages ont commencé à prendre une autre couleur. Galarneau brillait
toujours, mais nous percevions qu’au loin, ça s’assombrissait. Pas au point de penser
que nous aurions droit à toute une déferlante dans les heures à venir cependant.
Après
les petites barres énergétiques, les rafraîchissements s’en venaient, mais pas
de nos gourdes.
C’est
sur le chemin du retour que nous y avons goûté. Ce n’était rien au début, que
quelques gouttes ici et là. Plus nous avancions, plus ça tombait. Un arrêt sous
un viaduc à Shannon s’imposait. L’impatience nous gagna rapidement, nous sommes
repartis pour nous rendre dans un casse-croûte à Val-Bélair. Les frissons et la
faim nous tenaillaient. Il étant temps de souffler un peu. Nous semblions avoir
passé dans un lave-auto avec nos vélos.
Après notre
repas gastronomique, la météo est devenue encore plus menaçante. Qu’à cela ne
tienne, nous décidions malgré tout de repartir. Nous pensions que ce ne serait
pas si pire et que nous avions le temps de revenir sans trop de mal.
Erreur.
Le bordel était pogné au-dessus de nous. Éclair, pluie diluvienne et vent
froid.
La
totale.
Nous
étions pris au piège.
Je vais
vous dire que là, nous en avons eu pour notre argent, liquide, à part de ça.
Cet
épisode restera à jamais gravé dans ma mémoire. Comment oublier ce moment qui m’a
ramené quarante ans en arrière et qui m’a fait replonger au cœur de cette
enfance bénie et choyée. Cet évènement m’a rappelé ce temps de désinvolture où
revenir à la maison trempé jusqu’à l’os était synonyme d’une joie émancipatrice
sans égale.
Mais surtout,
comment oublier le rire de ma sœur alors que le ciel nous tombait sur la tête. Ça
faisait un méchant bout de temps que je n’avais entendu un rire aussi franc,
sincère, sans complexe et avec une charge à ce point libératrice. Il faisait compétition
à la foudre.
Il m’est
difficile de décrire parfaitement tout ce que j’ai perçu dans cet éclat
lumineux. Il me semble bien avoir entendu des échos de joie, de peine, d’inquiétude,
de sérénité, de lâcher prise, de bonté et le son d’une grande humanité. Une
chose me paraît certaine, il contenait beaucoup, mais alors là beaucoup
d’amour.
Elle apprendra,
si elle lit ce texte, que la façon dont elle a accueilli ce torrent qui
s’abattait sur nous cet après-midi de septembre a, en plus d’éradiquer ma
mauvaise humeur et mes blasphèmes intérieurs, fait disparaître ma crainte d’être
frappé par un éclair.
Heureusement,
ce samedi-là, j’ai plutôt été happé par un rire libérateur, et ça, ça fait un bien
énorme. Croyez-moi.
Jean-Luc Jolivet