dimanche 15 février 2015

DES PUGILISTES DE LA VIE COURANTE



Dieu qu'on peut en manger des coups. En donner aussi, parfois, faut pas le nier. Rarement au propre. Plus souvent qu'autrement au figuré.

C’est à croire que, dès notre première respiration, on a accepté tacitement les règles.

Pas ben le choix au fond. Si on veut survivre, s’agit de ne pas s'écraser trop tôt.

Dieu qu’on peut en recevoir des claques. En distribuer aussi, à l’occasion, faut le reconnaître.

Les plus sournoises viennent souvent du sort. Sans crier gare, au moment où on s’en attend le moins, on reçoit une méga taloche qui nous laisse un brin magané et le genou à terre.  

On en ressort souvent le cœur au beurre noir, l’estime fêlée et la confiance disloquée. Ce n’est pas une raison de baisser les bras et de crier forfait. C’est en se relevant que l’on se révèle.

On a beau se tuer à faire reculer la mort, ce n’est pas une raison pour crever.

La lumière se doit de triompher, toujours. C’est un combat de tous les instants.

Nous sommes des pugilistes de la vie courante, après tout !



Jean-Luc Jolivet

samedi 31 janvier 2015


 UNE LUMIÈRE S’EST RALLUMÉE AU RAYON DES ÉCLOPÉS



Du fin fond de son indigence, elle a réussi à s’extirper.

Dans un ultime sursaut de vie, elle a trouvé le courage de sortir de son marasme et d’aller marcher pour s’aérer l’esprit et remettre de l’ordre dans ses idées. C’est alors qu’elle tomba sur une belle grosse flaque de soleil qui luisait là, juste pour elle, sur le trottoir. Comme si l’espoir lui disait «tu n’es pas seule, viens te réchauffer».

Elle s’est virtuellement enroulée dedans comme s’il s’agissait d’une énorme couverture chaude et réconfortante brodée par sa grand-mère. Elle s’y est emmitouflée en pensant à la douce sécurité des bras de son père qui, en des temps bénis et plus heureux, savaient la rassurer.

Pour refaire ses forces, elle a bu tous les rayons lumineux à sa disposition en prenant bien soin de «bénir la rue» pour cette oasis inespérée dans ce drôle de voyage. 

Ce moment de grâce lui a permis de retrouver sa petite musique intérieure et l’a aidée à repousser la puissance du vide qui l’avait agrippée depuis déjà trop longtemps et qui ne voulait plus la lâcher.

Une lumière s’est rallumée au rayon des éclopés. Une âme en déficit d’amour a été plus forte que la mort. Elle sait maintenant qu’elle aura le temps de s’accomplir et d’aller au bout de ses talents.

Cette belle jeune femme blessée, qui s’était échouée sur les rives de cette ville froide et impersonnelle, vient de remporter une victoire qui ne fera peut-être pas les nouvelles, mais qui vaut tous les doctorats honoris causa qu’une université renommée peut décerner.   

Comme quoi, la ligne entre le néant et une vie bien remplie est plutôt mince.



Jean-Luc Jolivet

dimanche 4 janvier 2015

L’ATTERRISSAGE

Ça y est.

Demain, ou dans quelques jours, nous devrons tous reprendre le collier. Nous devrons tous recommencer à rouler notre rocher de Sisyphe dans les sillons du quotidien et des horaires fixes. Pour le meilleur ou pour le pire. Oui, parce que, garder le rythme du temps des fêtes à l’année longue, pas sûr qu’il y aurait beaucoup de monde qui pourrait «toffer la run».

Et, je suis de ceux qui croient qu’il y a beaucoup de satisfaction et de plaisir à tirer d’un travail valorisant et enrichissant. Ai pas dit payant, mais bien enrichissant. En tout cas, en ce qui me concerne. Les deux ne sont évidemment pas incompatibles.

Peu importe, encore cette année, c’est la boîte à souvenirs remplie à ras bord et le corps ragaillardi de ces précieux moments que je sors bientôt de ce congé.  

Ce qu’il y a de bien là-dedans, c’est d’avoir la certitude que ce que j’ai emmagasiné en chaleur humaine et en générosité durant ces semaines, me serviront à traverser l’hiver et à me projeter dans l’avenir. Je sais que je suis privilégié et je suis reconnaissant.  

Dans mon cas, l’atterrissage, sur la piste de la vie courante, se fait graduellement et tout en douceur.

J’espère avoir assez de courage en 2015 pour sortir davantage de mon confort pépère et poser des gestes qui peuvent, aussi minimes soient-ils, améliorer un peu le sort des gens qui n’ont pas la même chance.



Jean-Luc Jolivet

vendredi 12 décembre 2014

ÉRIC BOUTET, MON FRÈRE D’ARMES


Lorsqu’Éric m’a demandé d’écrire un court texte à son sujet pour la biographie rédigée par le Regroupement des Aveugles et Amblyopes du Québec (RAAQ), j’ai tout de suite accepté. Ça fait assez longtemps que l’on se connait, me suis-je dit, que ça ne devrait pas être trop difficile de pondre quelque chose.

Une fois la décision prise, il me fallait trouver un angle. J’ai rapidement laissé tomber le factuel pour y aller de façon plus personnelle. À mon avis, le lieu, l’époque, la façon dont nous nous sommes rencontrés importent peu. C’est la rencontre elle-même qui est importante.

Éric est plus qu’un ami, c’est un frère. Un frère d’armes comme on aime bien se le répéter. Je profite de ce petit clin d’œil à la chanson de Dire Straits - qu’il affectionne particulièrement- pour glisser subtilement qu’Éric est un mélomane averti et un musicien à ses heures. Et c’est un beau prétexte pour introduire le texte qui va suivre.

En effet, c’est peut-être un cliché, mais personne ne pourra contester que la vie en société est un combat de tous les jours, et ce, pour tout le monde. Alors si, en plus, la fortune vous a joué un mauvais tour, ça ajoute des écueils supplémentaires à la bataille.

C’est justement ça qui est fascinant avec mon pote. On oublie qu’il a un handicap visuel. Rien ne l’arrête. Emmenez-en des études universitaires, du vélo, de la pêche, des voyages d’aventure, des spectacles, de l’équitation, de la course à pied, du hockey, des transports en commun, des rénovations, de la cuisson sur le BBQ et j’en passe. En fait, je pourrais continuer encore longtemps, mais vous avez compris. Éric aime la vie. Il a de la «drive» et sait ce qu’il veut.

Doté d’une mémoire phénoménale, d’un sens de l’humour remarquable -on a besoin d’être en forme ou d’avoir les qualités d’un huissier pour saisir tous ses jeux de mots-, d’une intelligence vive et d’une écoute active et empathique, on est choyé de pouvoir compter sur son amitié.   

Éric sait parfaitement conjuguer la tête et le cœur. C’est un rationnel créatif si je peux dire. Il sait habilement alimenter les feux qui l’animent. Il peut d’un côté réfléchir jusqu’à plus soif pour trouver des solutions concrètes à des problèmes complexes, et de l’autre, laisser toute la place à son imagination débordante et à ses talents artistiques.

Enfin, je dirais que sa capacité à rebondir sur ses pattes lorsque des coups durs arrivent, pourrait nous faire croire que c’est lui qui a inventé le concept de résilience.        

Il y aurait tant à dire, mais comme l’espace est restreint, je vais m’arrêter ici.      

J’ajouterais simplement ceci à ceux et celles qui seraient tentés de le prendre pour un saint après la lecture de ce texte. Je vous le confirme, Éric a aussi ses défauts. Oui, oui ! Il est comme vous et moi, il est humain. Il est un humain à part entière qui incarne parfaitement les paroles de Saint-Exupéry «on ne voit bien qu’avec le cœur».



Jean-Luc Jolivet   

samedi 6 décembre 2014

DU CŒUR AU VENTRE

Me revient par les temps qui courent, parmi les belles expressions imagées et colorées entendues durant ma turbulente et belle jeunesse, celle-ci: «j’te dis qu’ils ont du cœur au ventre eux autres !».

Ce matin, j’ai le goût de faire écho aux paroles de cet homme qui a si fortement et si durablement marqué l’imaginaire de notre jeune nation par ses paroles et ses actions.

Je lui répondrais, oui, nous sommes un grand peuple.

Faudrait seulement se le répéter plus souvent. Faudrait se souvenir de tout le chemin parcouru depuis l’arrivée de ceux et celles qui nous ont précédés pour s’en convaincre. 

Faudrait se le dire, se le redire, oui, nous sommes des battants.

Pis là, j’veux pas faire de prêchi-prêcha ou de la psychologie à la p’tite semaine, mais merde, faut se regarder aller et reconnaitre qu’on a de la force de caractère et de l’allant comme dirait l’autre.

Malgré nos déchirements internes, nos guerres fratricides, nos coups de gueule, nos sautes d’humeur ou ces vents de face, on sait se retrousser les manches et se repencher cent fois sur le métier. Et ça, ce n’est pas rien.

J’en veux pour preuve toutes ces personnes qui, après un coup dur professionnel, ramassent leur courage et rapatrient toutes les forces disponibles pour se mettre à la recherche d’un emploi stimulant et satisfaisant.

Je pense à tous ces gens qui donnent de leur temps bénévolement pour relever les autres qui trébuchent et qui en arrachent. Et qui font s’éloigner la solitude.

Je prends en exemple tous ces parents qui, malgré les vicissitudes du quotidien, les difficultés de l’enfance, les handicaps, accompagnent leurs enfants à l’aréna, à la danse, à la natation. Ces mères et ces pères qui guident et prennent soin des leurs et qui travaillent d’arrache-pied pour leur offrir de bonnes conditions afin que ces derniers puissent s’épanouir sainement.

Je regarde la persévérance des nouveaux arrivants qui doivent tout reconstruire et qui se cherchent une place et un peu de chaleur au cœur de cet hiver parfois rude et glacial.

De peur d’en oublier, je vais m’arrêter ici.

J’ajouterai simplement ceci. Plus j’y pense et plus j’en suis convaincu. Malgré les temps durs, malgré cette étrange impression que l’argent va nous bouffer tout rond, nous n’avons pas dit notre dernier mot, nous ne baisserons pas les bras.

Nous sommes des résilients et nous avons trop de cœur au ventre pour accepter ça !

Jean-Luc Jolivet  

dimanche 16 novembre 2014

BOTTER L'CUL DU DOUTE DÉRAISONNABLE

Sacré doute. Tu t’amuses au moins ?

Je te le souhaite. Parce que de notre côté, c’est plutôt le contraire. On peut dire que tu nous en fais voir de toutes les couleurs, ça, y a pas de…..d’incertitude.

Chacun son rôle, tu me diras. Peut-être, mais, entre semer la zizanie dans la tête des gens et leur redonner confiance, j’ai choisi mon camp.

M’enfin. Tu n’en as probablement rien à foutre. Quand bien même je chercherais à te faire entendre raison, je sais bien que tu vas continuer tes méfaits en toute impunité. Je sais bien que tu te riras de nous encore et pour toujours.

Un seul conseil. Ne t’approche pas trop, t’as assez fait de dégâts comme ça !

Si je pogne à rôder dans les parages, je vais te faire ta fête. Je t’assure d’une raclée que tu n’oublieras pas de sitôt.

Si je te vois essayer de t’incruster dans la vie d’un être cher, d’un proche, je te roule en boule et je te botte le cul à t’expulser de la stratosphère.

Et, y a pas de doute, doute, tu vas t’ennuyer de ta mère.

La mère de tous nos maux.

Jean-Luc Jolivet

P.S. Évidemment, je sais que le doute peut aussi être un moteur, un tremplin, un outil de savoir etc. Le doute dont je parle, c'est celui qui est plutôt sournois, mesquin et qui cherche à nous faire sombrer dans la déprime en s'attaquant à notre estime.

dimanche 9 novembre 2014

LUMIÈRE


Besoin de blanc, de clarté, de netteté.
Besoin d’éteindre le vacarme que font les ténèbres.
Où te caches-tu lueur ?
Oui, où te trouves-tu, toi, mon effilochée de la dernière pluie, ma ridicule éphémère?
Ne remarques-tu pas la profondeur de nos blessures.
Besoin de blanc, de limpidité, de pureté.
Le monde a besoin de ta médecine, Lumière.
Et ce, plus que jamais.


Jean-Luc Jolivet